D’après un rapport établi par la Banque mondiale à la fin juillet, où il a été établi un diagnostic de l’économie algérienne suite à l’effondrement des prix du pétrole depuis juillet 2014, l’Algérie sera appelée à vivre le vrai choc financier et économique en 2018, lorsque les réserves de changes baisseront au niveau de 60 milliards de dollars.
Cette projection est venue moins de deux semaines après les déclarations du Premier-ministre, Abdelmalek Sellal, à Oum El Bouaghi le 14 juillet dernier, où il avait affirmé que les réserves de change en Algérie vont s’établir autour de 116 milliards de dollars en 2016 et ne baisseront pas en dessous de 100 milliards de dollars « quelles qu’en soient les circonstances ».
La Banque mondiale analyse la situation des finances de l’Algérie en ces termes : « L’effondrement des prix du pétrole a grevé les finances publiques, la balance commerciale et les réserves de change. Le déficit budgétaire s’est creusé de 1,4 % du PIB en 2013 à 15,7 % du PIB en 2016. Les réserves totales ont chuté de 194 milliards de dollars en 2013 à un montant estimé de 108 millions de dollars en 2016 et devraient se réduire davantage, à 60 milliards de dollars, en 2018. La détérioration des termes de l’échange de l’Algérie a entraîné une dépréciation nominale de 20% du dinar depuis la mi-2014. L’inflation a augmenté à 4,8% en 2015 ».
L’Algérie exporte 540 000 barils/jour
Là où le Premier-ministre à relevé que les revenus des hydrocarbures se sont « améliorés » -précisant que l’Etat « prévoit 35 milliards de dollars en 2017 pour atteindre 45 milliards de dollars en 2018 »- les experts de la Banque mondiale font observer que sur une production totale d’environ 1,1 million de barils/jour, l’Algérie exporte 540.000 barils/jour. Cependant, précise le rapport de la BM, « la production de pétrole brut et de gaz naturel a régulièrement diminué ces dernières années, en raison principalement de retards répétés des projets, de difficultés pour attirer des partenaires d’investissement, de l’insuffisance des infrastructures et de problèmes techniques ».
Le rapport relève également la complexe équation de la dépendance de l’Algérie vis-à-vis de ses recettes en hydrocarbures, en mentionnant que « l’économie est massivement dépendante des hydrocarbures pour ses exportations et ses recettes publiques, à hauteur de 95% et de 75% respectivement ». La BM revient sur les mesures « correctives » que le gouvernement algérien a adoptées dans le cadre de la loi de finances 2016. « Ces mesures sont les premières étapes en direction d’une éventuelle réforme complète des subventions coûteuses et régressives de l’Algérie (les subventions des carburants et autres représentent plus de 12% du PIB) ».
Mesures « correctives »
Il est également mis en exergue la dépréciation de la monnaie nationale et la possibilité, introduite dans la loi de finances 2016, d’adopter d’autres mesures correctives si les prix du pétrole tombent au-dessous de 35 dollars le baril, et d’emprunter sur les marchés extérieurs. Le rapport rappelle que les pouvoirs publics « ont tenté d’ouvrir les entreprises publiques à l’investissement privé. Le budget de 2016 inclut des mesures autorisant les investissements privés dans des entreprises publiques, la création de nouvelles zones industrielles et un assouplissement des restrictions imposées à l’investissement des revenus tirés d’allègements fiscaux ».
Enfin, le rapport de la Banque mondiale fait référence -sans y mettre de commentaires- à l’adoption par le Parlement, en juillet 2016, du nouveau code de l’investissement, visant à « améliorer les secteurs économiques autres que le secteur pétrolier ».
Entre 53 et 60 dollars le baril en…2020
Dans un deuxième rapport étendu à la grande région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), établi à la même période (fin juillet 2016), la Banque mondiale fait des prévisions pessimistes quant au relèvement du prix du pétrole. « La phase d’offre excédentaire s’achèvera et un rééquilibrage s’opèrera sur le marché mondial du pétrole au début de l’année 2020, à des prix d’équilibre compris entre environ 53 et 60 dollars le baril ».
La BM en conclut que « la faiblesse persistante des cours continue de peser sur les finances des exportateurs de pétrole de la région, érodant les balances commerciales, freinant la croissance et accentuant les tensions sur les monnaies respectives ». Ainsi, en l’espace de trois ans (entre 2013 et 2016), les soldes budgétaires de ces pays sont passés d’un excédent de 128 milliards de dollars à un déficit de 264 milliards.
Amar Naït Messaoud
