Le droit national et international impose, au nom de la responsabilité citoyenne, constitutionnelle et pénale, de porter assistance à toute personne, à tout être vivant et à la nature se trouvant en situation de péril. Or, la plage d’Ifni est aujourd’hui en danger. Il devient dès lors urgent d’ouvrir une enquête immédiate.
Le présent article ouvre la voie à l’instruction des accusations portées contre le Conseil provincial d’Ifni, maître d’ouvrage du projet « Nouvelle corniche 2022-2025 », quant au respect des études scientifiques et environnementales préalables obligatoires avant le démarrage des travaux.
Une enquête urgente s’impose donc pour sauver cette plage, d’autant plus que des zones d’ombre subsistent concernant :
1/ Accusation d’atteinte à la dynamique sédimentaire et à l’écosystème – Accumulation de galets face à l’ancienne corniche
Des constats de terrain et des photographies attestent d’une accumulation anormale de sable et de galets face à l’ancienne corniche, vieille de 20 ans. Le phénomène suggère a priori une interruption du « courant de dérive littorale » Littoral Drift sans étude d’océanographie préalable. L’enquête requise est la suivante : l’Étude d’Impact sur l’Environnement EIE, prévue par la loi 11-03, a-t-elle été réalisée avant le projet ? Dans quelle mesure a-t-elle garanti la protection de l’écosystème littoral ?
2/ Accusation d’atteinte à la mémoire du front de mer – Réapparition du tirant d’ancrage
Un élément de terrain est particulièrement révélateur : un tirant d’ancrage métallique, enfoui sous le sable depuis près d’un siècle, est aujourd’hui réapparu suite à un affouillement basal ayant érodé plus d’un mètre cinquante de sédiments. L’enquête doit donc déterminer : l’impact cumulatif de l’ouvrage sur l’érosion du trait de côte a-t-il été étudié avant l’autorisation ?
Il convient de rappeler ici que, par ce même projet, le Conseil provincial a démoli le monument du four à chaux Koucha ainsi que la porte historique du cimetière de Sidi Ifni.
3/ Accusation de défaut d’évaluation des contraintes maritimes – Cas du mur de l’Hôtel Aït Baamran
Des photographies de terrain documentent l’effondrement et les fissurations du mur de l’Hôtel Aït Baamran.
L’expertise technique préliminaire révèle l’absence d’évaluation précise de la charge des vagues atlantiques Wave Load et l’absence d’étude géotechnique marine du site.
L’enquête requise est la suivante : le cahier des charges comportait-il des études suffisantes pour la protection des ouvrages riverains ?
Ces accusations prennent d’autant plus de poids que la Cour des comptes et le ministère de l’Intérieur ont documenté des mises en garde répétées adressées aux élus de la province de Sidi Ifni, notamment à la commune d’Ifni et au Conseil provincial, contre tout lancement de projets structurants sans études préalables requises.
En urgence, il convient de suspendre tout travaux supplémentaires le long du littoral jusqu’à la réalisation et la finalisation des études complémentaires préconisées par les institutions de contrôle et mises en évidence par la présente enquête.
La mer a produit ses preuves : béton fissuré, sable accumulé, mémoire mise à nu. Il appartient désormais à l’enquête officielle de se prononcer sur la responsabilité du Conseil provincial, de la commune d’Ifni, de la Direction de l’Équipement et de la Province dans la protection de la plage d’Ifni et de sa mémoire urbaine.
Par Mohamed Elouahdani
Sidi Ifni – Enquête journalistique


