Le suspense se poursuivait lundi sur la personnalité que choisira Donald Trump pour représenter les Etats-Unis dans le monde, un poste exigeant et dans l’ombre permanente du futur président, dont les récentes saillies sur Twitter rompent avec les tous les codes diplomatiques.
Alors que le cercle de finalistes pour le poste de secrétaire d’Etat avait un temps paru se resserrer, une nouvelle équipe de candidats a surgi, dont certains à la notoriété relativement faible mais réputés « Trumpo-compatibles ».
Outre l’ex-maire de New York Rudy Giuliani et l’ancien candidat à la présidentielle Mitt Romney, le patron d’Exxon Mobil, un parlementaire californien et un ancien ambassadeur en Chine sont ouvertement dans la course pour diriger la prochaine diplomatie américaine.
La publicité donnée à ces auditions semble être une volonté délibérée de Donald Trump, passé maître dans l’art de créer le suspense médiatique, alors qu’il y a huit ans par exemple, Barack Obama s’efforçait de garder secrètes ses tractations pour recruter Hillary Clinton au département d’Etat.
L’équipe de transition de Donald Trump annonce chaque matin la liste des rendez-vous du milliardaire, qui reçoit dans la tour new-yorkaise éponyme où il réside et où sa garde rapprochée travaille.
Il a invité mardi dernier la presse à le photographier au restaurant étoilé Jean-Georges de New York en compagnie de son ex-contempteur Mitt Romney.
Ce week-end, le nom du républicain Dana Rohrabacher s’est ajouté à la liste des prétendants, selon le Washington Examiner, dans un éventuel « ticket » avec le néoconservateur John Bolton, possible numéro deux dans une étrange synthèse, puisque M. Bolton est fermement opposé à la Russie, contrairement à M. Trump.
« Je suis absolument d’accord avec le président élu, notamment en ce qui concerne l’établissement de relations positives avec la Russie afin de vaincre l’islam radical », a déclaré Dana Rohrabacher lundi sur Fox News, l’une des chaînes surveillées de près par Donald Trump.
Le nom de Jon Huntsman, ancien gouverneur républicain de l’Utah et ancien ambassadeur en Chine de Barack Obama, est également apparu.
Mais aucun des deux n’a encore rencontré Donald Trump.
Le patron de Exxon Mobil, Rex Tillerson, se rendra en revanche mardi à la Trump Tower. Il pourrait être l’un des patrons à rejoindre l’équipe gouvernementale du milliardaire, qui a promis de « curer le marigot » de Washington en recrutant en dehors des élites politiques traditionnelles.
Pour l’instant, le 45e président américain a jonglé entre des nominations de fidèles et de « durs », notamment à la Justice (Jeff Sessions) et au conseil de sécurité nationale (Michael Flynn), et des personnalités moins controversées, comme le général à la retraite James Mattis à la Défense ou la jeune gouverneure Nikki Haley à l’ONU.
Lundi, il a nommé un ancien rival des primaires républicaines qui s’était ensuite rallié à lui avec enthousiasme, le brillant neurochirurgien à la retraite Ben Carson, très aimé des chrétiens évangéliques, premier Noir à rejoindre l’administration en tant que secrétaire au Logement et au Développement urbain.
Mais c’est bien la nomination du prochain chef de la diplomatie qui est la plus attendue.
Le prochain secrétaire d’Etat devra s’accommoder du plaisir pris par le président Trump à s’affranchir des usages diplomatiques.
Donald Trump a ainsi, en un coup de fil et quelques tweets, tendu la relation avec la Chine, qu’il a constamment dénoncée durant la campagne comme un pays profiteur et pillant l’économie américaine.
Il a d’abord accepté un appel de félicitations de la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, alors que Washington ne reconnaît officiellement que le gouvernement chinois de Pékin depuis 1979, selon la politique de la « Chine unique ».
« Il est difficile de déterminer avec exactitude ce qu’était l’objectif du président élu », a diplomatiquement commenté lundi Josh Earnest, porte-parole de la Maison Blanche.
Puis Donald Trump a vivement critiqué dimanche sur Twitter la politique monétaire et de défense de Pékin.
« Est-ce que la Chine nous a demandé si c’était OK de dévaluer leur monnaie (ce qui complique la tâche de nos entreprises pour être compétitives), de lourdement taxer nos produits importés dans leur pays (les Etats-Unis ne les taxent pas) ou de bâtir un vaste complexe militaire en mer de Chine du sud ? Je ne crois pas! », a-t-il écrit.
