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Najat Anwar, une femme de combat contre les abus sur enfants (Interview)

Depuis 2003, Najat Anwar s’est lancée dans la lutte contre la maltraitance infantile et la pédophilie au Maroc. Elle s’est jeté corps et âme dans ce combat qui semblait périlleux et entouré du poids des tabous.

C’est à la suite du viol des petits garçons de très bas âge par le gardien d une crèche, que Najat prend conscience de ce fléau et décide de fonder l’association « Touche pas à mon enfant ». Depuis, elle ne cesse de se battre aux côtés des victimes et de leur famille pour faire valoir leurs droits et changer les mentalités.

Après 13 ans de combat, elle lance le premier « guide de prise en charge des victimes » et met en place des formations pour les membres des associations qui veulent utiliser les outils de son organisation pour aider les enfants. Rencontre :

Télégramme.info : Vous êtes une figure de proue de la lutte contre la pédophilie au Maroc, comment en êtes-vous arrivé là ?

Najat Anwar : Je suis licenciée en droit islamique et il est vrai qu’au départ je ne me destinais pas du tout à m’engager dans la vie associative. J’ai toujours été une femme entreprenante dans ma vie professionnelle mais le destin en a décidé autrement. Il y a des chemins qui s’ouvrent devant vous et qui vous emmènent aux antipodes de vos plans de départ. Je me suis engagée pleinement dans la lutte contre la maltraitance infantile. Mon engagement est un véritable sacerdoce qui m’occupe au quotidien, parfois au détriment de ma famille. Je suis une femme empathique qui ne supporte pas l’injustice. Travailler auprès des victimes a renforcé ma volonté de faire bouger les lignes et de défendre les plus démunis. Après, je n’ai pas de plan de carrière, ni de vision marketing de mon combat. Je suis mon instinct et j’avance en écoutant mon cœur, souvent au détriment de la raison. C’est pour cela que j’ai souvent été critiqué, mais ce n’est pas grave, l’objectif n’est pas le bienêtre de ma petite personne. Ce qui m’importe c’est la défense des enfants même si je dois en payer le prix fort. Vous dites que je suis l’emblème de la lutte contre la pédophilie au Maroc, à vrai dire je ne m’en rends pas vraiment compte. Je suis une simple mère de famille qui essai de changer les choses et améliorer mon pays que j’aime profondément !

Télégramme.info : Vous dites vouloir améliorer les choses au Maroc, c’est la raison pour laquelle vous vous êtes présenté aux élections législatives de 2016 ?

Najat Anwar : Absolument. J’ai voulu porter mes combats au sein du parlement car j’en avais assez de voir l’inertie de certains membres des gouvernements successifs. Avec mon organisation, nous avons proposé énormément d’outils pour lutter efficacement contre la maltraitance infantile. En 2015, nous avions proposé un kit pédagogique, résultat de plus de deux années de travail, regroupant tous les outils permettant aux enseignants et à tous les membres des équipes éducatives en contact avec le jeune public de mettre en garde et de travailler sur les problématiques liées à la pédophilie. Nous avions réalisé des spots de sensibilisation pour la télévision marocaine mais ils n’ont jamais voulu les diffuser. J’ai rencontré beaucoup de ministres qui faisaient semblant d’apprécier ce que nous avions à proposer pour combattre le fléau de la pédophilie. J’ai compris à mes dépends qu’ils ne s’intéressaient guère aux victimes. Des promesses non-tenues et du mépris, voilà tout ce que j’ai obtenu de ces gens-là. J’ai parfois l’impression que certains ne veulent pas que notre pays s’élève. C’est déplorable et mesquin ! Mais tout n’est pas négatif, il y a quelques responsables politiques qui ont été sensibilisés par notre combat et nous ont aidé dans notre lutte. Ils se reconnaitront car ils ne sont vraiment pas nombreux. Je ne désespère pas et je continue toujours mes combats. Je serai toujours à la disposition de mon pays et des plus démunis.

Télégramme.info : Justement, quels sont vos prochains combats avec votre organisation « Touche pas à mon enfant » ?

Najat Anwar : Après 13 ans de combats, nous lançons un « guide de prise en charge des victimes » en trois langues (arabe, amazigh et français) afin de sensibiliser aux dangers de la pédophilie et indiquer aux victimes et aux animateurs associatifs les démarches à suivre pour faire valoir leurs droits. Concrètement, il s’agit d’un outil indiquant les étapes et les procédures à suivre pour sécuriser l’enfant, dialoguer avec sa famille, préparer le suivi médical et psychologique et mener à bien les formalités vis-à-vis de la police et de la justice.

Notre guide sera disponible librement en téléchargement sur le site officiel de notre organisation (www.touchepasamonenfant.com).

En parallèle de ce guide, notre organisation assurera des formations auprès de tous les acteurs du monde associatif désireux d’utiliser nos outils pour lutter efficacement contre la maltraitance infantile et la pédophilie. Cela permettra de constituer un langage commun aux intervenants, de clarifier les dispositions contenues dans le guide, de faire ressortir les difficultés d’application et les moyens de les surmonter et de prendre en compte la détresse et la fragilité psychique de l’enfant pour que le parcours médico-judiciaire ne soit pas une épreuve traumatisante supplémentaire. Ces formations se dérouleront en direct ou via vidéoconférence (Skype et WhatsApp) pour une plus grande diffusion à travers le Royaume.

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