Le scandale qui secoue la Maison Blanche s’est fait encore plus retentissant jeudi avec la publication des accusations d’un lanceur d’alerte, qui reproche à Donald Trump d’avoir « sollicité l’ingérence » de l’Ukraine dans sa campagne de réélection et à son entourage d’avoir essayé de garder cette démarche secrète.
A quelque 400 jours du scrutin, le président américain est sous la menace d’une procédure de destitution qui a peu de chances d’aboutir, mais représente la crise la plus aiguë de son mandat.
De son côté, l’opposition l’a comparé à un « chef mafieux » et s’est emparée jeudi du document du lanceur d’alerte pour accuser la Maison Blanche d’avoir cherché à « étouffer » le scandale.
« Le président ukrainien a dit que je n’avais PAS fait pression sur lui ou fait quoi que ce soit de mal. Il ne peut y avoir de meilleur témoignage que ça », a tweeté jeudi soir Donald Trump.
La conversation a perturbé un mystérieux lanceur d’alerte, membre des services de renseignement qui, début août, a transmis ses inquiétudes à sa hiérarchie.
Les avocats de la Maison Blanche sont ensuite « intervenus pour +verrouiller+ toutes les archives liées à l’appel téléphonique », notamment en ordonnant de les conserver dans un « système électronique distinct » de celui utilisé habituellement, ajoute-t-il.
Pour lui, cela prouve que l’entourage du président « comprenait la gravité de ce qui s’était passé ».
Le lanceur d’alerte, dont l’identité n’a pas été révélée, précise ne pas avoir directement assisté à l’appel mais avoir échangé avec plus d’une demi-douzaine de responsables « très perturbés » par l’échange.
D’après le New York Times, il s’agit d’un homme, employé de la CIA qui fut un temps détaché à la Maison Blanche.
Ses avocats ont reproché au journal de mettre leur client en danger « pas seulement sur le plan professionnel mais aussi personnel ».
« Vous savez ce qu’on faisait au bon vieux temps (…). Les espions et la trahison, on traitait ça un peu différemment qu’aujourd’hui… », a d’ailleurs glissé Donald Trump lors d’un échange privé, qui a fuité dans le Los Angeles Times.
Officiellement, la Maison Blanche minimise la portée de son signalement, « une compilation de récits de troisième main et d’articles de presse » qui ne montre « rien d’inapproprié ».
Mais pour la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, le lanceur d’alerte a mis au jour « une manoeuvre pour étouffer » l’affaire.
« Nous devons mener une enquête pour clarifier les faits », a poursuivi Pelosi, qui a longtemps freiné l’aile gauche du parti démocrate désireuse d’initier une procédure de destitution contre Donald Trump.
Mais, a-t-elle ajouté, « le mépris du président pour la Constitution est chaque jour plus évident ».
« Formidable »
La veille, la publication du compte-rendu de la conversation téléphonique entre MM. Trump et Zelensky avait également suscité des réactions aux antipodes, les deux dirigeants qualifiant leur échange de « normal », les démocrates le jugeant « accablant ».
Dans cette discussion, l’asymétrie de la relation est notable. Les Etats-Unis ont « été très très bons à l’égard de l’Ukraine » sans que cela ait été « forcément réciproque », souligne Donald Trump, avant d’évoquer Joe Biden et les affaires en Ukraine de son fils Hunter.
« Cela serait formidable si vous pouviez vous pencher dessus », dit-il à Volodymyr Zelensky, un novice en politique élu en avril à la tête de son pays très dépendant du soutien américain.
Quelques jours avant l’appel entre les deux dirigeants, Donald Trump avait d’ailleurs gelé près de 400 millions de dollars d’aide destinée à Kiev, qui ont finalement été débloqués début septembre.
Les démocrates le soupçonnent d’avoir utilisé ce levier pour faire pression sur Zelensky. Forts de leur contrôle à la Chambre des représentants, ils pourraient bien mettre Donald Trump en accusation (« impeachment » en anglais).
Toutefois, il a peu de chances d’être destitué, les républicains ayant gardé la majorité au Sénat qui serait ensuite chargé de le juger.