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Présidentielle en Algérie: le spectre d’une abstention massive

Alors qu’une grande partie de l’opinion publique refuse ce scrutin jugé illégitime, 5 candidats issus du « système » vont se disputer les suffrages des votants.

Ce 12 décembre 2019 est une date qui va compter dans l’histoire de l’Algérie indépendante. Alors que le Front de libération nationale a dominé la vie politique autant avant qu’après la décennie noire, le voici confronté à la question de sa légitimité à continuer à diriger les affaires du pays. Abdelaziz Bouteflika, poussé à la démission par le hirak, nombre de ses anciens collaborateurs les plus proches sont en prison, dont son frère et au moins deux de ses ex-Premiers ministres. L’Algérie a vu une grande partie de sa population continuer à manifester contre le « système » et le calendrier que celui-ci a imposé par l’entremise du chef d’état-major et vice-ministre de la Défense, le général Ahmed Gaïd Salah. Nul doute que le taux d’abstention sera à scruter pour mesurer le niveau de rejet du « système ». Quant aux cinq candidats, au-delà du fait qu’il leur est reproché de servir de caution au régime en se présentant au scrutin, on peut d’ores et déjà se poser la question de leur autorité et de leur légitimité une fois la présidentielle passée.

Des raisons de s’interroger sur ce scrutin imposé

Alors que la contestation est toujours vive dans le pays, cette présidentielle pose question quant à sa légitimité sur plusieurs points :
– Quel crédit donner à des candidats tous issus du « système » et ayant servi à un haut niveau de responsabilités le président Bouteflika, dont le refus du cinquième mandat a été à l’origine du mouvement du 22 février qui se prolonge toujours.
– Quelle crédibilité donner notamment à l’Autorité nationale indépendante des élections, créée à la va-vite cet automne.
– Quelle valeur démocratique alors que le hirak continue et qu’une grande partie de la population conteste ce scrutin qui a donné lieu à une mascarade de débat entre candidats soupçonnés de prolonger la vie du « système ».
– Quelle régularité dans le vote quand certains maires ont d’ores et déjà indiqué qu’ils n’ouvriraient pas leurs bureaux de vote.

Une veille de scrutin houleuse

Dans la soirée d’hier mercredi, plusieurs manifestations nocturnes ont été organisées à travers le pays, notamment à Béjaïa où les manifestants ont passé une nuit blanche, selon le Maghreb émergent. Aujourd’hui, les manifestants ont fermé au moins deux bureaux de vote dans cette ville.

Les centres de vote sont ouverts depuis 8 heures du matin. Plus de 24 millions d’électeurs sont appelés aux urnes, rappelle l’agence de presse officielle APS.

https://www.facebook.com/bejaiasoisobservateur/posts/1450647921761588

Alger a connu hier une fin de journée mouvementée : des centaine de manifestants ont tenté d’occuper le centre-ville face à des forces anti-émeutes qui ont chargé les manifestants plusieurs fois. Selon Le Comité national pour la libération des détenus la police à procédé à 300 arrestations dans plusieurs villes où des manifestants sont sortis pour refuser la tenue de la présidentielle. Des journalistes à Alger ont témoigné de la brutalité des policiers à leur encontre : « Tu marches tranquillement à Alger centre, à 18h, tu vois des policiers qui courent, et qui courent..Tu comprends rien.. tu t’arrêtes, et HOP ! Tu reçois des coups de matraque par 5 policiers, ils touchent tes parties intimes, et Ils t’insultes vulgairement ! », témoigne la journaliste Kenza Khattou. Les quelques journalistes étrangers ont été « invités » par la police à ne pas couvrir les manifestations.

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