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Hommage à d’éminents artistes marocains: Deux grosses pertes dans le même mois…

   La communauté artistique et tout le peuple marocain viennent de perdre non sans amertume et douleur deux piliers extrêmement emblématiques, de vraies écoles ceux-là, qui ont non seulement marqué la scène nationale mais également fait reluire le blason du pays dans les grandes représentations internationales et mondiales. Tous azimuts et partout dans le globe, ils ont démontré un charisme aussi spécial qu’extraordinaire faisant preuve d’un énorme talent esthétique et magnanime indéniables. Ces deux marques déposées de notre art traditionnel nous ont quittés malheureusement, mais nous ont légué un héritage incalculable, inestimable et parfaitement précieux. Un trésor à ne pas négliger surtout, un patrimoine des plus intrinsèques, vu la quantité et la qualité phénoménales de leurs œuvres dont l’apport aussi bien marquant qu’inoubliable va rester ancré dans nos mémoires, et ce, éternellement je l’espère.

   Sans trop vouloir être exhaustif, et partant de votre sagacité intuitive, je dirai que ces deux frères de patrie et de profession sont tout simplement l’infatigable Mouha Oulhoucine Achibane, surnommé Maestro par Ronald Reagan, et l’incomparable Tayeb Saddiki l’icône d’un théâtre hors pair.

   Et oui, hélas, les monuments qui nous ont gratifiés de spectacles mémorables ne sont plus. Aussi faut-il les mettre en exergue de façon à leur rendre un grand hommage, les illustrer ne serait-ce que par des mots, ce qui va sans doute étaler les pages de leurs existences respectives et permettre à un très grand nombre de lecteurs de les connaître à leurs justes valeurs.

   En fait, le premier est né en 1916 dans la région d’El Kebab. Tout jeune, il milite pour l’indépendance du Maroc et entame dès 1950 un long voyage à travers la chanson amazigh du Moyen Atlas, devenant le seigneur incontesté de la rituelle danse d’Ahidous. Avec son orchestre composé de 21 membres, il réussit à se faire une  célébrité à l’intérieur comme à l’extérieur du Maroc. Son agilité, sa souplesse et sa prestesse étaient ses principaux atouts en plus de sa connaissance approfondie des règles de jeu, parfaisant ses prestations et gagnant l’estime d’éminentes personnalités dégustant l’art pur et sachant attribuer au véritable sa vraie valeur le plaçant dans un rang pleinement honorable. Ce leader, emprisonnant le spectateur ahuri par ses mouvements harmonieux et tellement synchronisés, a attiré les regards dans les diverse éditions du Festival des arts populaires de Marrakech et au Festival de Fès des musiques sacrées du monde. Il a été ambassadeur de sa culture au sein de maintes participations internationales en Afrique, en Europe et aux Etats-unis. CHEF MOHA qui s’est éteint le 19 février à Azrou, avait déjà souffert de soucis pulmonaires et cardiaques qui l’ont obligé à passer des séjours d’hospitalisation, ce qui n’a jamais tari le fleuve d’altruisme qu’il avait toujours été. On l’aimait surtout pour sa spontanéité naturelle, son aspect enfant du pays altruiste, dévoué et bien élevé. On l’a vu dans des émissions télévisées ouvrir ses portes et accueillir ses hôtes avec une grandiose amabilité, sachant conserver en lui l’exemple du marocain simple et généreux.

    Partageant les mêmes qualités, Tayeb Sadikki reste lui aussi une sentinelle très haute et très forte du théâtre tant par son habileté à écrire que par sa capacité à découvrir des trésors cachés, à les faire scintiller en les présentant au public et en leur donnant l’occasion de s’instruire, mais également de se créer une identité et un renom. Né le 5 janvier 1939 à Essaouira et décédé 77 ans plus tard, le 5 février 2016 le fondateur du festival musical de la même ville  est à la fois dramaturge, comédien, metteur en scène et calligraphe, ce qui fait de lui un artiste polyvalent, créant un paysage dramatique des plus riches avec notamment la mise en route de troupes théâtrales telles que « Théâtre ambulant », « Théâtre ouvrier », « Théâtre des gens ». Il a également été directeur artistique du théâtre national Mohamed V de Rabat, directeur général du théâtre municipal de Casablanca en 1964 et 1977 et chargé de mission auprès du ministre d’état chargé du tourisme en 1980 et 1982.

   Son flair et son intuition instinctifs ont permis à beaucoup de pionniers du théâtre aujourd’hui d’intégrer  le domaine artistique. C’était un professeur et un créateur de cadres. Ces « élèves-apprentis » peuvent vous l’attester. C’est grâce à son enseignement et à son encadrement qu’ils ont pu prendre leur départ et se lancer très loin, assurant une diversité et une multiplicité irrécusables.

   Tayeb Saddiki est l’auteur de 36 adaptations de pièces étrangères, 24 pièces originales et 18 pièces écrites en collaboration. Il a aussi mis en scène  85 pièces de théâtre, dont la célèbre Al Haraz. Il a joué dans 18 films. Il s’est intéressé également aux arts plastiques et à la calligraphie arabe, organisant notamment de nombreuses expositions dans ces domaines au Maroc et à l’étranger. Il a réalisé la vidéo de La Mosquée Hassan II (1992), et de 22 pièces pour la télévision. Il a au final :

  • traduit et adapté trente-quatre œuvres dramatiques
  • écrit trente-deux pièces de théâtre (en arabe et en français)
  • collaboré avec André Paccard à l’écriture des Arts traditionnels dans l’architecture musulmane au Maroc(éd. Atelier 74)
  • mis en scène un répertoire composé de plus de quatre-vingts œuvres
  • joué en tant que comédien dans cinquante pièces, une dizaine de films et dans trente-cinq œuvres dramatiques et émissions télévisées
  • réalisé et produit pour la télévision trente œuvres (téléfilms, œuvres dramatiques, etc.)
  • réalisé pour le cinéma quatre courts-métrages et un long métrage (Zeft– 1984)
  • réalisé une dizaine de documentaires (vidéo)

   En tant que peintre calligraphe, il a participé à dix-huit expositions au Maroc et douze à l’étranger (Tunisie, Koweït, Qatar, Sultanat d’Oman, France, Canada, Belgique, Algérie…).

    Ces deux fleuves inépuisables ont tiré leur révérence après avoir marqué leur ère par des caractères en or. Toujours est-il qu’il faudrait sauvegarder leur héritage et d’en faire un moyen capable de donner un modèle à suivre à nos jeunes talents qui souhaiteraient s’investir dans tel ou tel domaine. Ces deux phares nous ont éclairé la voix et rendu resplendissante l’image de notre pays. Alors grand merci à vous, messieurs, vous ne disparaîtrez jamais de nos mémoires car vous êtes tout simplement irremplaçables.

Jamal Khayr Eddine

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