Après Aigle Azur, une deuxième compagnie française va entrer en redressement judiciaire : XL Airways, spécialiste des vols vers les Antilles et l’Amérique.
Après Aigle Azur, XL Airways, compagnie long-courrier basée à Roissy-CDG, jette l’éponge. À l’issue, hier, d’un comité d’entreprise extraordinaire, la compagnie a décidé de se placer sous la protection du tribunal de commerce de Bobigny. La direction va déclarer l’entreprise en cessation de paiements et enclencher une procédure de redressement judiciaire.
Le président Laurent Magnin en a informé l’ensemble du personnel et a expliqué le déroulement de la procédure. L’objectif est d’assurer le versement des salaires des 600 collaborateurs avec la garantie d’État AGS et d’enclencher rapidement la recherche d’un repreneur sous la direction du tribunal de commerce de Bobigny.
20 millions pour passer l’hiver
L’arrêt des réservations signifie l’assèchement de la trésorerie à court terme. Laurent Magnin, qui ne cachait pas les difficultés de XL Airways, expliquait qu’il lui fallait vingt millions d’euros pour passer l’hiver, la saison creuse, et attendre la reprise des ventes avec les réservations pour l’été prochain. Les salaires, les locations d’avions sont les principaux frais fixes annuels tandis que le carburant, les redevances et les taxes sont directement proportionnels à l’activité.
Cette compagnie, autrefois charter à la fois moyen et long-courrier, s’est progressivement spécialisée dans ce dernier domaine. Les vols affrétés vers le bassin méditerranéen n’avaient plus d’avenir avec le développement des compagnies low cost comme easyJet, Ryanair, Vueling, etc. En long courrier, XL Airways a ciblé une clientèle de passagers voyageant pour leurs loisirs. Ainsi, l’hiver, les quatre Airbus A330 volaient beaucoup à destination de la République dominicaine, du Mexique, des Antilles françaises et de La Réunion. En janvier 2019, XL Airways passait même commande de deux A330-900neo livrables en 2020.
L’été, changement de cap avec comme destination principale les États-Unis (New York, Miami, Los Angeles, San Francisco). XL Airways devait fêter cette année le dixième anniversaire de la desserte de New York. Même avec son mode de fonctionnement proche d’une low cost, XL n’a jamais été vraiment leader sur quelques lignes de son réseau, ce qui aurait assuré des recettes régulières et confortables. En 2018, une hausse de carburant non répercutée sur le prix des billets a aussi plombé les comptes.
Dans l’attente d’un repreneur
La situation juridique et financière de XL Airways n’est pas simple. La maison mère DreamJet Participations est également propriétaire de La Compagnie, le transporteur qui assure la ligne Orly-New York avec l’Airbus A321neo configuré uniquement en classe affaires. La Compagnie tend vers l’équilibre qui pourrait être atteint l’an prochain. Les actionnaires de DreamJet Participations sont au nombre de quarante, mais quatre détiennent à eux seuls 60 % environ du capital. Motier, la holding de la famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette (20 %), est leader et demandait lors d’une assemblée générale récente convoquée en plein été qu’un repreneur intervienne pour XL Airways. Laurent Magnin avait presque conclu le deal avec Air France quand Jean-Marc Janaillac, le PDG, démissionna subitement. Logiquement, La Compagnie devrait continuer à vivre sa vie et recevoir un deuxième A321neo prochainement. XL Airways s’en remet au tribunal de commerce.
Ce deuxième crash de compagnie aérienne française en quelques semaines interpelle. Quel rôle ont joué les pouvoirs publics pour les prévenir ? Il y a bien eu les Assises nationales du transport aérien ces derniers mois orchestrées par le ministère des Transports. Mais celles-ci se sont contentées de créer une taxe de plus, rendant encore un peu moins performantes les compagnies aériennes tricolores…