De toutes les stratégies publiques concernant l’habitat, celle liée au logement à faible valeur immobilière totale (FVIT), ou à 140 000 DH, est celle qui a connu le moins de succès. Les objectifs que s’est fixés le ministère de l’habitat ne sont toujours pas atteints alors que le secteur est à la veille de l’expiration du délai des incitations fiscales, prévu en 2020.
Et c’est justement dans l’objectif de relancer ce segment et d’attirer les investisseurs vers ce créneau que le groupe Al Omrane a saisi le taureau par les cornes et a organisé récemment une rencontre à Fès, une première étape d’une série de roadshows qui seront organisés à travers les différentes régions du Royaume. Elle a regroupé aussi bien les promoteurs immobiliers que le ministre de l’habitat, le wali, le président de la région…
« L’objectif, apprend-on auprès d’Al Omrane, est de mener une réflexion à trois niveaux. Le premier est d’ordre global et a trait à tous les dispositifs devant être mis en place pour l’amélioration de ce segment (soutien étatique, exonération fiscale, implication de toutes les parties prenantes…). Le deuxième est plutôt régional. En ce sens, il s’agit de prendre en compte les spécificités de chaque région, que ce soit en termes de besoins des promoteurs et des acquéreurs potentiels, de terrains fonciers… Le troisième, qui est spécifique à la holding, est de proposer une offre à même de séduire les promoteurs. Il en va, entre autres, de la sélection du foncier, en fonction de la taille du promoteur, avec à terme un objectif de réaliser environ 1400 logements dans la région Fès-Meknès ».
Il est à noter que ces réflexions seront déployées dans toutes les régions où Al Omrane prévoit d’organiser des rencontres similaires. En tout cas, l’intérêt a été exprimé pour ce segment, notamment par les promoteurs de taille moyenne et petite. Al Omrane envisage de signer incessamment des conventions avec des opérateurs pour la réalisation des programmes à FVIT.
Si la relance de l’investissement dans les logements sociaux a concerné davantage les logements à FVIT que ceux à 250 000 DH, c’est en raison de plusieurs contraintes relayées. Parmi elles, on cite l’emplacement du foncier concerné par ce logement et la non-implication des opérateurs dans la mise à la disposition des acquéreurs de toutes les conditions favorables pour implémenter un cadre de vie satisfaisant. « «Dans n’importe quel segment du secteur immobilier, si un manque est relevé tant au niveau des équipements élémentaires que des infrastructures, aucun intérêt ne sera manifesté pour le programme », nous confie-t-on lors de ces rencontres. Cela va évidemment de soi pour les habitats à FVIT. L’engouement y est lorsque le programme immobilier est accompagné d’infrastructures, de centres de santé, d’écoles…mais aussi d’activité économique. Or, certains projets, pour ne pas généraliser, qui sont situés généralement dans la périphérie des villes (rareté du foncier oblige), ne disposent d’aucun semblant d’activité économique. Ajouter à cela les problèmes de financement que rencontrent les promoteurs immobiliers, mais aussi les acquéreurs, dans un contexte où les banques, qui octroyaient un financement à travers le Fogarim (mécanisme de financement garanti par l’Etat), sont depuis quelque temps peu enclines à le faire.
Pour ne rien arranger, les promoteurs déplorent la lourdeur des formalités administratives et les multiples aller-retours entre l’Agence urbaine, la commune et les autres parties formant la commission d’octroi de l’autorisation de construire et du permis d’habiter. Cependant, au-delà de l’ensemble de ces contraintes, Al Omrane insiste sur la convergence des politiques publiques, toutes entités confondues (équipement, transport, éducation, habitat…), en vue de la création de projets immobiliers à même de satisfaire les besoins d’une population urbaine sans cesse grandissante. Car, il faut le dire, le taux d’urbanisation va crescendo. Dans dix ans, ce sont 5 à 6 millions de Marocains qui seraient comptés dans les périmètres urbains du pays, surtout dans les grandes villes. « Les stratégies sectorielles ont souvent adopté une politique de correction. Il est temps d’anticiper les choses et de mettre en place des logements pour les accueillir. Autrement, l’habitat insalubre refera surface, au même titre que la prolifération des bidonvilles ou encore les logements anarchiques », conclut Al Omrane.