Avec la mise en place d’une commission dédiée, le Maroc s’engage dans une nouvelle stratégie de développement. Objectif : réduire les inégalités.
Avec la première réunion de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD), le Maroc prend pour de bon le virage d’une nouvelle stratégie économique. Ce 16 décembre, l’instance dédiée a dévoilé ses objectifs, par la voix de son président Chakib Benmoussa, actuel ambassadeur du Maroc en France. Sa mission ? Établir un diagnostic « précis et objectif » de la situation au Maroc pour permettre au royaume d’intégrer le cercle des pays avancés, a fait savoir l’ancien ministre de l’Intérieur et actuel ambassadeur du royaume à Paris. Des propositions sur la diversification des « sources de création de richesses » ainsi que sur l’élargissement des bénéficiaires de ces richesses « à l’ensemble des catégories sociales et espaces territoriaux » sont attendues, révèle l’agence de presse MAP.
Pour l’aider dans sa démarche, Chakib Benmoussa pourra compter sur les 34 autres personnalités appelées par le Souverain à se pencher sur la question. Le politologue Mohamed Tozy, la présidente de l’Association de lutte contre le sida (ALCS) Hakima Himmich, Michel Zaoui, banquier d’affaires à Londres, le président du Conseil économique social et environnemental (Cese) Ahmed Reda Chami ou encore Ghita Lahlou El Yagoubi, directrice de l’École centrale de Casablanca…, tous participent à la rédaction d’un premier rapport attendu par le Roi Mohammed VI d’ici à l’été 2020.
Un modèle en crise ?
Ce projet, le roi du Maroc l’a fait sien il y a déjà quelque temps. À plusieurs reprises, il martèle son message devant le Parlement. Mais c’est le 29 juillet dernier, lors du discours du trône célébrant ses vingt ans de règne, que le souverain le concrétise. C’est là qu’il annonce la formation d’une instance dédiée, la CSMD. « Les progrès et les réalisations, d’ores et déjà accomplis, n’ont malheureusement pas encore eu de répercussions suffisantes sur l’ensemble de la société marocaine, avait-il exprimé. Les dernières années ont révélé l’incapacité de notre modèle de développement à satisfaire les besoins croissants d’une partie de nos citoyens, à réduire les inégalités sociales et les disparités spatiales. »
Pays parmi les plus dynamiques d’Afrique – 4,4 % de croissance par an en moyenne entre 2000 et 2017 –, le Maroc a réussi en une quinzaine d’années à réduire considérablement la pauvreté : son taux est passé de 15,3 % en 2001 à 8,9 % en 2007, et s’établit en 2014 à 4,8 %. Mais, comme dans d’autres pays du continent, les fruits de la croissance ne profitent pas forcément aux populations. Ou n’ont, du moins, pas le même impact pour tous. Pour l’ONG Oxfam, à l’origine d’un rapport sur la question au Maroc, « les inégalités sont restées quasiment les mêmes » dans le royaume. Pour preuve, le coefficient de Gini, une mesure internationale de calcul des inégalités, est de 39,5 en 2014. Soit à peine un peu moins qu’en 1985, à 39,5.
Ne laisser personne à part
Pour élaborer un plan qui profite à tous les Marocains, la CSMD a donc du pain sur la planche. Car il faudra faire avec un contexte international, et régional, instable. Ses membres vont devoir compter avec de multiples facteurs, dont l’intégration au sein de l’Afrique subsaharienne, l’apport des migrations mais aussi les conséquences du changement climatique. Dans un article pour la revue en ligne Medium, Ghali Fikri, consultant pour l’entreprise spécialisée dans le développement Dalberg, conseille aussi de « territorialiser » la réflexion sur le modèle de développement.
« Bien souvent, les modèles de développement sont conçus de manière centralisée, au niveau du pays… Cependant, le Maroc (peut-être plus que beaucoup d’autres pays au vu de la diversité de ses territoires) recouvre des réalités très différentes qui nécessitent de se pencher plus près pour les comprendre, explique-t-il. Il sera important de se poser la question de l’unité géographique ou administrative adéquate pour mener cette réflexion. Cela pourrait être la région».