Saoudi El Amalki
Depuis moult décennies, le Centre Hospitalier Régional Hassan II d’Agadir (CHR) auquel on avait adjoint maintes extensions et fortes réalisations, dispense des soins de plus en plus indigents sur une large étendue de la superficie du royaume. Avec un staff médical et infirmier dont l’effectif demeure en deçà de toutes les attentes et une capacité litière exiguë, l’établissement sanitaire est loin de satisfaire toutes les demandes issues de la région et bien ailleurs. En effet, l’affluence massive est galopante, avec une horde d’agents du personnel qui se décime pour sa retraite, chaque année sans compensation. En plus, le départ volontaire de la fonction publique, il y a quelques années et la fuite des cadres vers l’étranger ont terriblement enfoncé le clou dans le corps du département fragilisé par la carence et la précarité…
Cette institution, l’une des plus anciennes sur le territoire du pays, renferme, effectivement des ressources paramédicales très limitées, ce qui s’est répercuté négativement sur la qualité des soins prodigués. Malgré la politique novatrice de la départementalisation, il y a déjà quelques année adoptée par la direction de l’hôpital, fort imprégnée dans cette ébauche de redressement, histoire de faciliter la gestion de l’établissement et cerner l’ampleur de l’opération, en mettant en place un certain nombre de services au sein d’un département, la pénurie de personnel soignant est criante, alors que le gouvernement semble être dépassé par la lourdeur de cette tâche et évolué aux abonnés absents pour se pencher sérieusement sur ce manque à gagner en termes de compétences humaines…
Certes, des efforts louables ont été déployés dans le sens de la mise à niveau de cet hôpital, au plan du système d’informatisation, des soins complets, de dessertes, d’approvisionnement…, en vue d’assurer la restructuration escomptée. Toutefois, des contraintes continuent toujours à handicaper la promotion des services sanitaires qui deviennent onéreux et inaccessibles pour les grandes masses. L’action priorise une approche de proximité permettant le désenclavement en termes de services sanitaires, surtout en faveur de la prise en charge de la femme enceinte dans les patelins les plus reculés, en mettant en œuvre le travail en réseau avec des unités sanitaires. Une volonté à matérialiser pour aller de l’avant malgré les handicaps et les carences…
Mais, la problématique est encore plus pesante et déchirante tant que le service sanitaire n’est pas nanti en quantités suffisantes des moyens budgétaires, techniques et humains. La montée ascendante du privé n’arrange pas, pour le moins cette situation, puisqu’on va puiser le personnel dans le public déserté, sans parler des coûts des frais hospitaliers pour nombre d’opérations en majorité inutiles et des erreurs professionnelles souvent fatales. La santé est donc malade de ses propres moyens et contamine son entourage…
Le CHR Hassan II d’Agadir est l’illustration d’un gâchis déplorable. Le service des urgences sont dans état piteux. Celui de la maternité dont six femmes viennent récemment de quitter la vie suite à des césariennes, manque de moyens mais également de sérieux pour traiter les patientes avec décence. La promiscuité s’installe dans la quasi-totalité des services, sans aucun souci de propreté ni d’hygiène. Le service de pédiatrie se trouve aussi dans une situation lamentable au point de faire endurer aux enfants le calvaire de la négligence et de l’attente interminable. Les populations souffrantes qui arrivent des patelins environnants souvent par des moyens vétustes, sont étonnées de se faire renvoyer pour un autre jour non déterminé ou apprendre qu’il n’y a rien à leur faire ou donner, puisque l’hôpital ne se dote de rien et qu’il faut que le malade soit censé s’en procurer ailleurs… Les rendez-vous souvent marqués d’urgences ne sont jamais respectés et ajournés à des dates repoussées dans le temps, sous prétexte que les chirurgiens soignants sont encombrés ou les scanners et IRM ne sont pas opérationnels, sans parler de certains inciviques qui tergiversent pour enfin imposer au patient de se faire opérer dans la clinique du choix du chirurgien public…
Ce qu’on a évoqué n’est en fait, qu’un brin de se qui se passe au quotidien dans cet hôpital public. Ce lundi matin, à l’entrée de l’hôpital en question s’est attroupée une soixantaine d’acteurs de la société civile pour gronder haut et fort contre ce désastre qui élit domicile dans cet établissement sanitaire chaotique. Un mouvement protestataire qui met les décideurs du secteur face aux responsabilités qui leur incombent…