Le mot « blocage » soulève plusieurs questions quant à la capacité du chef de gouvernement désigné, Abdelilah Benkirane, de se débarrasser de sa logique partisane et s’ériger en homme d’Etat à la hauteur des missions qui lui sont assignées.
Les positions et les propos de Benkirane témoignent d’une grande confusion chez cet homme, incapable jusqu’à présent de rassembler une majorité et de former un gouvernement.
Et même si Benkirane parvient à dégager une équipe gouvernementale, celle-ci devrait être sûrement confrontée aux troubles post-nataux résultant de son incapacité à assumer pleinement son rôle.
En pleines tractations, le chef du gouvernement désigné n’a éprouvé aucune gêne à affirmer que les partis de l’Istiqlal et du Progrès et du Socialisme constituent le noyau dur de son prochain gouvernement, faisant fi de la réaction de son ancien allié dont le secrétaire général, Mhand Laenser, n’a pas tardé à réagir. « Le Mouvement Populaire ne peut être réduit à un simple chiffre dans l’équation gouvernementale », a rétorqué Laenser qui est allé se ranger du côté du RNI et de l’UC rendant plus complexe la tâche de Benkirane.
Le chef du gouvernement désigné, emporté par l’élan électoral, n’a pas daigné également ordonner à ses milices électroniques de cesser leurs attaques contre les autres partis, ce qui a envenimé le climat des négociations, car la logique de leader partisan l’a emporté une fois de plus sur celle de l’homme d’Etat animé par une logique fédératrice et consensuelle.
Benkirane, qui s’acharne à constituer une majorité conformément à un calcul simpliste, a oublié, peut être, qu’en agissant de la sorte il entraîne le pays dans une phase d’attentisme, ennemi n°1 de l’économie et des investissements.
Dans un pays où presque tous les services travaillent au ralenti et sans innovation, l’exécutif doit s’ériger en locomotive pour tirer vers le haut et impulser une forte dynamique aux institutions et à l’économie et non en élément déstabilisateur et source d’inquiétude pour les opérateurs nationaux et internationaux.
Driss Moubarik
