D’après le ministre mexicain des Affaires étrangères, la « vie et l’intégrité physique » du chef d’Etat démissionnaire sont menacées.
Lundi, le Mexique a décidé d’accorder l’asile politique à l’ex-président bolivien Evo Morales, a annoncé le ministre mexicain des Affaires étrangères Marcelo Ebrard. La ministre mexicaine de l’Intérieur « Olga Sanchez Cordero a décidé d’accorder l’asile politique à Evo Morales. Sa vie et son intégrité physique sont menacées », a déclaré Marcelo Ebrard au cours d’une conférence de presse à Mexico. Il a précisé que le gouvernement avait été sollicité par Evo Morales, qui a été contraint à la démission. « Il nous a demandé verbalement et de façon formelle de lui accorder l’asile politique dans notre pays », a-t-il dit. « Mexico s’est toujours distingué tout au long de son histoire pour avoir protégé ceux qui cherchaient un refuge », a conclu le ministre des Affaires étrangères mexicain.
En Bolivie, la deuxième vice-présidente du Sénat bolivien, l’opposante Jeanine Añez, appelée en vertu de la Constitution à succéder au poste de président, a annoncé lundi la prochaine convocation d’une élection présidentielle afin que « le 22 janvier nous ayons un président élu ». « Nous allons convoquer des élections avec des personnalités qualifiées qui vont conduire le processus électoral afin de refléter ce que veulent tous les Boliviens », a-t-elle déclaré à son arrivée au Parlement.
Les successeurs prévus par la Constitution en cas de départ du président ont en effet tous démissionné avec lui : le vice-président Alvaro Garcia, la présidente et le vice-président du Sénat et le président de la Chambre des députés. « Nous avons déjà un calendrier. Je crois que la population demande en criant que nous ayons un président élu le 22 janvier », a-t-elle ajouté, évoquant la date prévue, avant la crise, de la prise de ses fonctions par le prochain président de Bolivie. Cette sénatrice de 52 ans, membre du parti d’opposition Unidad Democratica, n’a pas caché son émotion en appelant à la fin des violences. « Vous allez m’excuser, mais je suis émue (…) Je vous demande, pour l’amour de Dieu de mettre fin à cette violence. Nous voulons seulement la démocratie, nous voulons seulement la liberté », a ajouté Jeanine Añez.
Une foule de manifestants en colère partisans d’Evo Morales, qui a démissionné la veille de ses fonctions de chef de l’Etat, se dirigeait lundi vers La Paz à partir de la ville voisine d’El Alto, un bastion de l’ancien président, a constaté un journaliste de l’Agence France-Presse. Arborant des whipalas, du nom du drapeau symbole des peuples indigènes, et scandant « Maintenant oui, une guerre civile ! », ils étaient des centaines en route vers la capitale administrative, contraignant les magasins à fermer leurs portes.
« Les Etats-Unis saluent le peuple bolivien »
Par ailleurs, le président américain Donald Trump s’est félicité lundi de la démission forcée du président bolivien Evo Morales, y voyant « un signal fort » pour les « régimes illégitimes » d’Amérique latine et saluant la décision de l’armée de lâcher le dirigeant socialiste. « Les Etats-Unis saluent le peuple bolivien pour avoir demandé la liberté et l’armée bolivienne pour avoir respecté son serment de protéger non un seul individu, mais la Constitution de la Bolivie », a déclaré Donald Trump dans un communiqué. « Ces événements envoient un signal fort aux régimes illégitimes du Venezuela et du Nicaragua, que la démocratie et la volonté du peuple triompheront toujours », a-t-il ajouté.
Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump a multiplié les sanctions à l’encontre de ces deux pays, au nom de « la défense de la démocratie et des droits humains » en Amérique latine. Washington a par ailleurs dénoncé lundi l’occupation de l’ambassade du Venezuela en Bolivie par des opposants à Evo Morales, fidèle allié de Caracas, demandant le respect de la souveraineté vénézuélienne.
« Nous prenons très au sérieux l’inviolabilité de toute mission diplomatique et appelons tous ceux qui sont impliqués dans cette situation, ou dans toute situation de troubles ailleurs, à respecter cette inviolabilité », a déclaré un haut responsable du département d’Etat américain. Lâché par l’armée dimanche après trois semaines de violentes manifestations, Evo Morales était l’un des derniers représentants de la « vague rose » qui a déferlé au tournant des années 2000 sur l’Amérique latine, faisant virer à gauche le Brésil, l’Argentine, le Chili, l’Equateur et le Venezuela. Le gouvernement espagnol a critiqué lundi le rôle de l’armée et de la police boliviennes dans sa démission. Le président vénézuélien Nicolas Maduro avait lui condamné « catégoriquement » dimanche ce qu’il considérait être un « coup d’Etat » en Bolivie.