Le patron qatari de beIN Media est soupçonné d’avoir corrompu l’ex-numéro deux de la Fifa pour obtenir les droits de retransmission des Mondiaux de football.
Le ministère public de la Confédération helvétique (MPC), a convoqué Nasser al-Khelaïfi, le patron de beIN Media, pour répondre des accusations de « corruption privée active ». Il est entendu en même temps que Jérôme Valcke, ancien secrétaire général de la Fifa (2007-2015), et qu’un homme d’affaires qatari, ami d’Al-Khelaïfi. Selon le parquet, ces auditions sont les dernières avant la clôture de l’instruction et les trois hommes ont été invités à s’exprimer sur les résultats de celle-ci.
L’enquête porte sur le contrat passé entre la Fédération internationale de football (Fifa) et beIN Media sur les droits de diffusion télévisée de la Coupe du monde de football. C’est la deuxième fois que Nasser al-Khelaïfi, président de Qatar Sports Investments (QSI), est entendu à Berne. L’accord qui lie la Fifa à beIN a été signé en 2014 pour un montant de 500 millions d’euros.
Avantages indus
La justice suisse soupçonne Al-Khelaïfi, 46 ans, d’avoir corrompu le secrétaire général de la Fifa, le Français Jérôme Valcke, en lui offrant des « cadeaux » qui l’auraient poussé à soutenir l’offre de beIN. Les soupçons portent sur les droits médias dans plusieurs pays pour les Mondiaux 2018, 2022, 2026 et 2030.
Selon les enquêteurs suisses, Jérôme Valcke aurait accepté des avantages indus de la part des deux autres mis en cause. Nasser Al-Khelaïfi lui aurait laissé l’usage exclusif d’un bien immobilier sans paiement de loyer. Quant à l’autre homme d’affaires qatari, il aurait effectué plusieurs paiements pour un montant total de plus de 1 million d’euros, versés à une société dont Valcke était le seul ayant droit économique. En novembre 2017, le journal Le Parisien avait révélé que Valcke avait pu bénéficier de l’accès privilégié à une villa en Sardaigne d’une valeur présumée de 7 millions d’euros. Jérôme Valcke louait cette villa par l’intermédiaire d’un ami du patron du PSG. Cet intermédiaire l’avait achetée grâce à un prêt de Nasser al-Khelaïfi.
Khelaïfi dément
Maîtres Grégoire Mangeat et Fanny Margairaz, les avocats suisses du dirigeant qatari, récusent ces accusations. « Nasser Al-Khelaïfi a contesté fermement les accusations du MPC, comme il l’avait fait lors de sa dernière audition, il y a plus de deux ans, en octobre 2017 ». Ses avocats « s’apprêtent à demander le classement pur et simple » de la procédure suisse. Ils s’appuient notamment sur un rapport d’analyse économique qui établit que beIN était la seule société sérieusement capable, en 2014, de faire une offre correspondant aux exigences très importantes de la Fifa pour les Coupes du monde 2026 et 2030, dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.
Depuis juin 2019, Nasser al-Khelaïfi est mis en examen pour « corruption active » dans une autre affaire. Le juge Renaud van Ruymbeke le soupçonne d’avoir voulu « acheter » l’organisation des Mondiaux d’athlétisme pour le Qatar. La candidature de Doha n’a finalement pas été retenue pour 2017, mais pour 2019.