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Dans les entrailles de Saydnaya, prison de tous les sévices en Syrie

Une salle de torture avec ses instruments macabres, des cellules de confinement où s’entassent neuf détenus et des bruits qui glacent le sang: Amnesty international a reconstitué l’intérieur de la prison de Saydnaya, où le régime syrien torture ou tue ses opposants.

L’ONG britannique, qui a modélisé en 3D le centre de détention, « trou noir dont il n’existe aucune image récente », en propose une visite virtuelle, expérience visuelle et sonore qui s’appuie exclusivement sur les souvenirs d’anciens prisonniers qui en sont sortis vivants.

Une fois sur le site dédié d’Amnesty, qui a publié jeudi un rapport noir sur la torture à « grande échelle » opérée par Damas contre ses opposants dans les prisons syriennes, l’internaute peut commencer la visite du bâtiment en forme de « Y », où des « milliers » de personnes ont déjà trouvé la mort.

Un camion réfrigéré s’arrête ainsi dans la cour de la prison militaire. Ses portes s’ouvrent à l’arrière, dévoilant aux détenus, poings liés dans le dos, leur lieu d’incarcération: cris et premiers passages à tabac.

A l’intérieur du bâtiment en béton brut, on découvre par exemple une sorte de hall, noeud qui distribue les trois branches de l’édifice. Planté en hauteur sur une installation cylindrique, un garde armé veille.

A l’entrée de l’un des corridors, une pièce aux murs décrépits que l’on devine autrefois blancs et désormais souillés par le sang des détenus, sert de salle de torture. Pneu, barres de métal, câbles électriques, ceintures ou encore battes sont à disposition des bourreaux qui, selon Amnesty, font preuve d’une « cruauté sous sa forme la plus vile ».

Les ailes de la prison sont pour le reste essentiellement garnies de salles de confinement et de cellules de groupe.

Les salles de confinement, 48 au total pour une aile du bâtiment selon le souvenir d’un ancien détenu, mesurent 1,80 mètre sur 2 m, ou 2 m sur 2,50 m.

Dans celle de Salam, l’un des prisonniers qui a participé à la modélisation avec Amnesty et Forensic Architecture, neuf détenus s’entassent, allongés ou accroupis, pendant treize jours, nus et avec l’interdiction de parler.

La pièce minuscule comprend une toilette et sa porte une ouverture pour faire passer la nourriture, un épisode aussi systématiquement synonyme de tabassage, se souvient un ex-prisonnier.

La visite virtuelle est autant sonore que visuelle, car les prisonniers étaient maintenus autant que possible dans le noir et n’avaient pas le droit de regarder les gardiens.

Le moindre bruit devient source d’angoisse: des gouttes d’eau qui finissent leur course sur un tuyau, des pas qui approchent, les verrous de la porte qui s’ouvrent un à un. Sans compter le son des coups.

Les cellules de groupe sont saturées de 28 âmes. Les détenus doivent s’agenouiller sur le carrelage, dos à la porte, les mains sur les yeux à l’entrée d’un garde.

Et la lumière n’y filtre qu’à travers de petits trous, à partir de 13 heures et jusqu’à 17h30.

Pour s’occuper, les détenus gravent sur les murs des sourates du Coran. Jusqu’à entendre les ordres enjoignant de s’endormir.

« C’est le plus doux son que vous pouviez entendre », raconte un ancien détenu. « Car dans Saydnaya, vous ne voulez jamais vous réveiller ».

La visite virtuelle de la prison peut se faire à l’adresse: https://saydnaya.amnesty.org/

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