Le «vert» est un concept dans l’air du temps, plus par nécessité que par choix. Changements climatiques, respect de l’environnement, économie solidaire, écotourisme… Dans le Souss, les professionnels du tourisme qui ont choisi d’investir la niche rurale et de nature ont bien saisi l’importance de cette conversion afin d’offrir une alternative porteuse au secteur en perte de vitesse dans la région. Et tous les ingrédients sont là: Forêts endémiques, écosystèmes variés, biodiversité paysagère, culturelle… Mais pour un véritable élan, l’écotourisme doit être bien positionné. Et pour cela, il doit figurer parmi les priorités nationales. Comme au Costa-Rica pays considéré aujourd’hui comme une référence mondiale en matière d’écotourisme et de préservation de l’environnement. Et cela grâce à une volonté claire et affichée de l’Etat depuis la fin des années 40. Aujourd’hui, avec près de 30% de sa superficie protégée, sa vie sauvage préservée (5% de la biodiversité est concentrée sur le territoire) et une nature tropicale exubérante, le Costa-Rica occupe le premier rang du tourisme durable. Il se place aussi parmi les leaders mondiaux quant à l’utilisation d’énergies renouvelables: 95% de sa consommation nationale provient de ces énergies alternatives.
Si la formule marche ailleurs, elle devrait aussi marcher ici pourvu que l’engagement politique se manifeste pour accompagner les initiatives. Aujourd’hui, tout le monde est conscient des enjeux que représente le tourisme de nature pour l’avenir du pays. Mais comment est vécue dans la réalité l’écotourisme dont une partie de l’activité se fait dans l’informel, à travers le bouche à oreille et Internet? «Pour que le produit continue à séduire, les potentialités naturelles à elles seules ne suffisent pas», explique Aziz Afker, ingénieur à la Direction régionale des eaux et forêts et de lutte contre la désertification (DREFLCD).
«Pour être compétitifs, nous devons nous placer dans un seuil acceptable d’infrastructure routière, d’hygiène, de sécurité, guidage, signalétique…», a-t-il ajouté. Sans oublier le renforcement des connexions aériennes dont la carence handicape le tourisme rural.
Les communes rurales, premières concernées, doivent s’inscrire dans cet esprit et en faire une priorité dans la gouvernance de leurs territoires pour tirer profit de tous les avantages que présente le tourisme du «haut-pays», levier pour la création de richesses et d’emploi. Haut pays, comme le suggère Abdelhakim Sabri, président du Réseau de tourisme rural (RDTR) au lieu «d’arrière-pays», adjectif jugé pénalisant.
Ce réseau qui compte structures d’hébergement touristique dans les zones rurales, associations touristiques professionnelles (gîteurs, restaurateurs) et pays d’accueil touristiques (PAT) s’active sur le terrain pour donner une voix et une vision à cette niche. Parmi ses missions, la conclusion de partenariats avec les acteurs du tourisme régional, national et international et l’organisation et la structuration de l’existant.
D’ailleurs, à aujourd’hui, cette structure est quasiment la seule à pouvoir avancer un chiffre relatif à la capacité litière au niveau du rural. «Près de 3000 lits, nous indique-t-on, sachant que la précision est difficile dans un secteur plombé par l’informel». Un fléau que l’association cherche à contrer en organisant des campagnes d’adhésion afin de renforcer le nombre des adhérents. Et il y en a pléthore dans la région: plus de 20% sont des lauréats des Trophées nationaux de tourisme responsable sont basés à Agadir. Un des fleurons, l’écolodge Atlas Kasbah en l’occurrence, qui a obtenu la Médaille d’or aux Trophées internationaux à Londres.
Pour inviter le plus grand nombre à rejoindre les rangs, le Réseau a mis en place le projet de la charte de qualité et environnement, avec l’appui de Gîtes de France-Hérault. Il a également mis en place, en collaboration avec l’ONG française Tetraktys, 4 circuits touristiques pilotes dans la région. Pour la découverte des vallées, oasis, désert, montagnes, kasbahs, ksours, Igoudars, palmeraies du sud, pays du miel (Rucher d’Inezekri)… Le RDTR qui organise continuellement des formations au profit des acteurs du tourisme rural a obtenu en 2012, le Trophée national du tourisme responsable octroyé par le ministre du Tourisme. Durant la même année, l’association a organisé un Forum sur le tourisme et le changement climatique.
«Il s’agit aujourd’hui d’attirer une clientèle responsable, soucieuse de contribuer à la préservation et à la valorisation du patrimoine socioculturel et naturel d’où des activités avec un impact minimal», insiste Sabri. La région regorge de loisirs respectueux de la nature comme le trekking, la spéléologie, la pêche sportive, le cyclotourisme, l’équitation, le parapente, les sports nautiques… Parmi les projets en cours, un initié par le Haut commissariat des eaux et forêts pour l’écotourisme dans la région Souss Massa, Et aussi, le programme d’économie circulaire du Pnud qui intègre notamment le principe des PSE en tourisme durable.
Fatiha Nakhli
L’économiste
