Chaque année, à l’approche du Ramadan ou à l’occasion de l’avènement de la nouvelle année de l’hégire, les débits d’alcools se voient sommés de fermer. Les restaurants sont notifiés par les services relevant des DAG des différentes wilayas de ne pas servir l’alcool aux Marocains musulmans.
Si cette mesure, qui remonte à la période du protectorat, était justifiée jadis par le fait que les propriétaires des points de vente d’alcool étaient des non-musulmans (Marocains ou étrangers) et qu’il ne fallait pas heurter la sensibilité des Marocains musulmans pendant le Ramadan et autre occasion religieuse, elle n’a aujourd’hui pas lieu d’être pour divers motifs.
« La colonisation française avait mis en place tout un dispositif juridique, financier et organisationnel qui porte d’une part sur la nécessité stratégique d’épargner les Marocains musulmans de cette activité, et d’autre part de stimuler l’économie coloniale en général, avec comme principal débouché la métropole », nous explique un observateur.
Aujourd’hui, et aux yeux de beaucoup d’observateurs et de professionnels, cette mesure n’a pas lieu d’être parce que d’une part le dahir de juillet 1967 stipule expressément qu’il interdit à tout exploitant d’un établissement soumis à licence de vendre ou d’offrir gratuitement des boissons alcooliques ou alcoolisées à des marocains musulmans. D’autre part, et dans un contexte marqué par une concurrence touristique exacerbée, les professionnels marocains se voient désavantagés par cette décision face à leurs concurrents à l’international. Notons au passage que le Marocain musulman a le droit de disposer d’une licence qui lui permet de vendre ou de servir de l’alcool d’après les dispositions de l’arrêté viziriel du 17 juillet 1967.
Selon un récent rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la consommation d’alcool dans le monde, la consommation moyenne annuelle par habitant au Maroc se situe à 0,6 litre. Des Marocains musulmans qui fréquentent les bars, brasseries et boîtes de nuit et qui achètent bières, bouteilles de vin et autres liqueurs dans les grandes surfaces du pays n’est nullement un secret. Les recettes fiscales provenant des boissons alcoolisées connaissent, quant à elles, une forte progression pour se situer à 1,5 milliard de dirham en 2018.
Plusieurs voix s’élèvent donc pour demander l’abrogation de cette loi et mettre un terme à cette ambiguïté juridique en adaptant l’arsenal juridique à une réalité que l’on ne peut plus masquer, mais au sein de nos institutions personne n’ose aborder cette question.
Rester dans le statu quo semble être la solution privilégiée des autorités. Le marché du vin et autres spiritueux est bien trop juteux pour l’éradiquer à jamais. La loi, elle, continuera de se faire l’épouvantail sacré de la morale : l’honneur sera sauf, mais les poches seront pleines.