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France: le burkini devant la justice, l’exécutif dans l’embarras

La haute juridiction administrative française se saisit jeudi de l’interdiction du burkini sur plusieurs plages qui suscite la controverse en France comme à l’étranger, et provoque désormais un certain embarras dans les rangs de l’exécutif.

Rattrapé par le dernier épisode du débat récurrent sur la place de l’islam en France, le Conseil d’Etat doit réunir trois juges qui devraient trancher dans les 48 heures et fixer ainsi un cadre légal d’autant plus attendu qu’au moins une femme musulmane portant un simple foulard sur la plage a déjà été verbalisée.

Le Premier ministre français Manuel Valls, qui avait apporté son soutien aux maires interdisant le burkini au nom de la préservation de l’ordre public, a déclaré jeudi matin que « tout ce qui peut apparaître comme une stigmatisation, une volonté de s’en prendre à l’islam est évidemment condamnable ».

« Nous ne sommes pas en guerre contre l’islam. (…) La République est bienveillante (avec les musulmans), nous les protègerons contre les discriminations », a-t-il assuré sur BFMTV et RMC. Toutefois, a-t-il cependant estimé, « le burkini c’est un signe politique de prosélytisme religieux qui enferme la femme ».

Signe du malaise provoqué par cette polémique au sein de la gauche au pouvoir, la ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem a jugé jeudi sur Europe 1 que « la prolifération » des arrêtés anti-burkini n’était « pas la bienvenue », la qualifiant de « dérive politique » qui « libère la parole raciste ».

« Ces arrêtés ne sont pas une dérive », a rétorqué le Premier ministre. « C’est une mauvaise interprétation des choses. Ces arrêtés ont été pris au nom même de l’ordre public ».

Le Conseil d’Etat a été saisi par la Ligue des droits de l’Homme (LDH) ainsi que le Collectif contre l’islamophobie (CCIF), après la validation par un tribunal administratif local d’un arrêté anti-burkini pris dans une commune de la Côte d’Azur (sud-est) au nom « des bonnes moeurs et de la laïcité ».

L’arrêté en question, similaire à ceux pris dans une trentaine de communes, ne comporte pas noir sur blanc le terme « burkini », mais vise avant tout cette tenue de bain islamique, recouvrant le corps des cheveux aux chevilles.

Le tribunal administratif a jugé cette interdiction « nécessaire, adaptée et proportionnée » pour éviter des troubles à l’ordre public après la succession d’attentats en France, dont celui de Nice le 14 juillet (86 morts).

Ces arrêtés « contribuent à légitimer ceux et celles qui regardent les Français musulmans comme un corps étranger à la nation », avait tempêté la LDH mi-août.

La controverse a connu un nouveau souffle cette semaine alors qu’au moins une femme portant un simple foulard sur les cheveux a été verbalisée sur une plage de la Côte d’Azur.

Cette mère de famille de 34 ans a reçu une contravention à Cannes alors qu’elle était sur la plage, en legging et tunique, coiffée d’un voile. Selon un témoin de la scène, la jeune femme a été invectivée par des passants. Elle a l’intention de contester l’amende de 11 euros.

Mercredi, la publication par un quotidien britannique de photos d’une femme, turban sur les cheveux, contrôlée sur une plage de Nice et retirant sa tunique devant les policiers municipaux a encore jeté de l’huile sur le feu, soulevant l’indignation sur les réseaux sociaux et dans la presse étrangère.

Le Collectif contre l’islamophobie en France assure avoir, à ce jour, constitué 16 dossiers concernant des femmes voilées verbalisées alors que, selon l’association, aucune ne portait de vrai burkini.

A l’issue d’une rencontre sollicitée mercredi « en urgence » par le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Anouar Kbibech, le ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a déjà souligné que ces arrêtés anti-burkini ne devaient pas conduire à « des stigmatisations » ou à dresser les Français « les uns contre les autres ».

En 2010, le Conseil d’Etat avait rendu son avis sur un autre projet polémique, émanant cette fois de l’exécutif: l’interdiction du voile intégral. Il avait estimé qu’une « interdiction générale et absolue » « ne pourrait trouver aucun fondement juridique incontestable ». Le gouvernement était passé outre.

La loi française interdit aujourd’hui sur tout le territoire de dissimuler son visage dans l’espace public, et de porter des signes ou tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics.

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