Le choix de Manuel Valls, annoncé mercredi, de voter Emmanuel Macron à l’élection présidentielle entérine au Parti socialiste le divorce entre deux gauches irréconciliables, possible prélude à une scission du parti fondé en 1971.
La tentative de « mise à mort » anticipée dimanche par le candidat issu de primaire organisée par le PS, Benoît Hamon, est donc advenue, signant en quelque sorte la fin de la séquence ouverte le 1er décembre par le renoncement de François Hollande à briguer un deuxième mandat au nom du « rassemblement ».
Prenant acte de ce « grand coup de plus » porté à la démocratie, Benoît Hamon a dénoncé un « jeu morbide » et, dans un nouvel appel quasi désespéré, invité le candidat de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, qui le précède désormais dans les sondages, à se rallier à sa candidature, jugeant sa position « centrale ».
« Je fais cette adresse forte et fraternelle pour que nous ne laissions pas les forces de destruction, les forces de l’argent présider aux destinées de notre pays », a-t-il lancé lors d’une brève déclaration à son siège de campagne, à Paris.
Pierre Laurent a appelé pour sa part à une rencontre entre Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et lui-même pour « créer les conditions de la victoire ».
« Face à une menace de droite et d’extrême droite qui s’aggrave encore, il est urgent que toutes les forces de gauche engagées dans la campagne des présidentielles se rassemblent autour d’un projet profondément ancréà gauche, d’une campagne et d’une candidature commune », écrit-il dans un communiqué.
Les partisans de Benoît Hamon, ancien « frondeur » aujourd’hui soutenu par Europe-Ecologie-les Verts, ont crié au déshonneur, tandis que le camp de l’ancien Premier ministre invoquait l’impérieuse nécessité de lutter contre l’extrême droite.
« Face au danger que représente le Front national, on ne peut pas hésiter », a fait valoir Manuel Valls sur BFM TV et RMC.
« Ce n’est pas un ralliement c’est le choix de la raison », a ajouté celui que beaucoup soupçonnent de lancer, par ce geste, la bataille pour la direction du Parti socialiste, qui devrait faire l’objet d’un congrès avant la fin de l’année.
Le sénateur socialiste Alain Richard a d’ailleurs jugé la situation désormais clarifiée : « La ligne politique du PS sera soit celle de Manuel Valls soit celle de Benoît Hamon », a-t-il dit.
Pour ses partisans comme Harold Hauzy, responsable de sa communication à Matignon, Manuel Valls a fait le choix de la « dignité », sans « chichis ». « @EmmanuelMacron face au risque de l’extrême droite: dignité, clarté, responsabilité, valeurs #pasdechichis », écrit-il sur son compte Twitter. « MINABLE »
Dans le camp Hamon, les avis sont amers, à l’image du tweet de l’ancien ministre Arnaud Montebourg : « Chacun sait désormais ce que vaut un engagement signé sur l’honneur d’un homme comme Manuel Valls : rien. Ce que vaut un homme sans honneur ».
Les Jeunes socialistes ont fustigé la « trahison indigne de l’homme d’Etat que prétendait être Manuel Valls ».
« Minable », a renchéri la députée Karine Berger.
Le message de Martine Aubry rappelle pour sa part son passé de Première secrétaire du PS qui avait rallié François Hollande après sa défaite à la primaire du PS en 2011.
« Ma conception de l’honneur et de l’éthique démocratique a été de mettre toute mon énergie au service de la victoire de la gauche en 2012 », écrit la maire de Lille, qui soutiendra Benoît Hamon en meeting mercredi soir dans sa ville.
