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Guerre au Yémen : Les États-Unis haussent (enfin) le ton

Cette fois, ça suffit. C’est en résumé le message qu’a voulu faire passer mardi le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, en réclamant à l’Arabie saoudite, mais aussi aux rebelles yéménites houthis qu’elle combat, la « fin des hostilités » au Yémen. Depuis mars 2015, Riyad dirige une coalition de pays arabes pour réinstaller au pouvoir le président Abdrabbo Mansour Hadi, reconnu par la communauté internationale, et chassé de la capitale Sanaa en septembre 2014 par les rebelles yéménites houthis, soutenus par l’Iran, ennemi juré de l’Arabie saoudite.

Trois ans et demi plus tard, le conflit est dans l’impasse et a provoqué, selon l’ONU, la pire crise humanitaire du monde. Au moins 10 000 personnes, dont 9 500 civils, ont été tuées (certaines ONG de défense des droits de l’homme estiment que le bilan pourrait être cinq fois plus élevé), notamment dans les bombardements aériens de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, qui se sont rendus coupables de nombreuses bavures. Le 24 octobre dernier, des frappes aériennes dans la province de Hodeida ont visé une usine de conditionnement de légumes, selon l’ONU, tuant au moins 24 civils. De leur côté, les rebelles houthis sont également accusés de « crimes de guerre » par les enquêteurs de l’ONU, qui ont pu se rendre sur place. Ils ont notamment visé à plusieurs reprises le territoire saoudien à l’aide de missiles soupçonnés d’avoir été livrés par l’Iran.

« Une déclaration très importante » des États-Unis

Alors qu’il défendait jusqu’ici corps et âme son allié saoudien, le secrétaire d’État américain a ostensiblement haussé le ton mardi. Dans un communiqué, Mike Pompeo a appelé à la fin des « tirs de missiles et de drones venant de zones contrôlées par les houthis vers le royaume d’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis », non sans ajouter que les « frappes aériennes de la coalition doivent ensuite cesser dans toutes les zones peuplées du Yémen ».

« C’est une déclaration très importante qui change beaucoup de chose », estime Gilles Gauthier*, ancien ambassadeur de France au Yémen. « C’est la première fois que les États-Unis prennent cette position, eux qui jusqu’ici avaient toujours soutenu la politique de conquête de l’Arabie saoudite au nom de la légitimité d’un gouvernement en exil qui n’est plus en prise avec la situation sur le terrain, ainsi que pour contenir l’Iran ». Washington est également l’un des principaux fournisseurs d’armes de l’Arabie saoudite, qu’elle aide notamment au Yémen pour le ciblage de ses raids aériens et dans le partage de renseignements.

30 jours de délai

Plus tôt dans la journée, le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis avait précisé les contours du cessez-le-feu réclamé par les États-Unis. Celui-ci visait tout d’abord à obtenir un retrait des rebelles houthis de la frontière avec l’Arabie saoudite, suivi d’un arrêt des bombardements de la coalition arabe. « Nous voulons voir tout le monde autour d’une table de négociations sur la base d’un cessez-le-feu », avait souligné Jim Mattis. « Nous devons faire ça d’ici 30 jours […], et je pense que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis [autre membre influent de la coalition, NDLR] sont prêts. »

Le 8 septembre dernier, les premières négociations entre les belligérants depuis deux ans, organisées à Genève sous l’égide de l’ONU, s’étaient soldées par un cuisant échec. Craignant d’être empêchés par la suite de revenir au pays (la coalition arabe impose un blocus aérien et maritime au Yémen, NDLR), les rebelles houthis n’avaient même pas fait le déplacement.

L’ombre de Jamal Khashoggi

«  Il serait illusoire de penser que les houthistes, un mouvement de guérilla, puissent se retirer de la zone frontalière avec l’Arabie saoudite », où se trouve son fief de Saada, et qui rassemble la majorité de la population yéménite, estime l’ex-diplomate Gilles Gauthier. « En revanche, il est beaucoup plus facile pour les houthis de mettre fin aux tirs de missiles en direction de l’Arabie saoudite. » Pour l’ancien ambassadeur, « tout dépend des contacts et accords de principe qui ont précédé l’annonce américaine. Si ceux-ci faisaient défaut, prévient-il, alors une telle annonce ne serait jamais suivie d’effets  ».

Quoi qu’il en soit, l’affaire Khashoggi n’est sûrement pas étrangère à la volte-face américaine. Samedi, le secrétaire américain à la Défense avait estimé que le meurtre du journaliste dans le consulat saoudien d’Istanbul devait « tous nous inquiéter grandement », car il avait affaibli la « stabilité régionale » et affecté la « confiance » et le « respect » des États-Unis pour leur grand allié saoudien. Pressée par le Congrès de prendre des sanctions contre Riyad, l’administration Trump accentue donc la pression sur la pétromonarchie.

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