La toile égyptienne était inondée hier par des messages demandant le départ du putschiste Abdel Fattah el-Sissi. En quelques heures, le hashtag #كفاية_بقى_ياسيسي (Assez_Sissi) a été partagé plus de 700 000 fois. Ce chiffre continuait de croître à l’heure de mettre sous presse.
« Au lieu de construire des hôpitaux et des écoles, Sissi fait bâtir des palaces à sa gloire personnelle », tweete un internaute ayant pour pseudonyme « Enough is Enough » (Assez, c’est assez) à ses quelques 4 000 abonnés. Il fait allusion aux projets ambitieux de Sissi, dont le plus notable est sans doute « Sissi City », une ville érigée en plein milieu du désert pour plusieurs dizaines de milliards de dollars.
Sur twitter, les références aux projets immobiliers pharaoniques de Sissi côtoient des images de mendiants à genoux, d’enfants fouillant les détritus, de familles empilées sur des cartons. Aux yeux des protestataires, le président érige ses propres pyramides, indifférent à la paupérisation croissante de son peuple. Les réformes économiques du président, incarnées dans un ensemble de mesures d’austérité convenues avec le Fonds monétaire international (FMI), ont contribué à la dévaluation de la monnaie locale tout en faisant monter les prix des denrées alimentaires de base. Outre la pauvreté rampante, les tweets condamnent les arrestations arbitraires et l’insécurité croissante. Depuis plusieurs mois, Amnesty International publie en ligne des reportages sur les arrestations de journalistes et la répression violente contre toute forme de dissidence. Sous couvert de lutte « antiterroriste », l’armée égyptienne est accusée de « graves violations des droits humains ».
Les réseaux sociaux ont joué un rôle-clé dans la révolution de 2011, qui a conduit à la destitution de Hosni Moubarak. Le pouvoir veut éviter que le scénario se répète. L’équipe d’Amnesty Tech a décelé des techniques de hameçonnage numérique à l’encontre d’ONG, de journalistes et de divers défenseurs égyptiens des droits de l’homme.
Grâce à une méthode d’appât nommée OAuth, des courriels fictifs permettent à l’État d’accéder à des comptes privés et à des informations confidentielles. Intimidation et espionnage numériques semblent redoubler d’intensité à l’approche d’événements susceptible de réanimer l’esprit révolutionnaire, comme l’anniversaire des soulèvements du 25 janvier.