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L’attentat d’Istanbul a fait 42 morts, l’EI premier suspect

La Turquie considère le groupe Etat islamique (EI) comme le principal suspect du triple attentat suicide et de la fusillade mardi soir à l’aéroport international d’Istanbul-Atatürk qui a fait 42 morts et 238 blessés, selon un nouveau bilan.

Trois kamikazes ont ouvert le feu en milieu de soirée, vers 21h50 (18h50 GMT) pour provoquer la panique à l’extérieur de l’aéroport, avant que deux d’entre eux ne pénètrent à l’intérieur et se fassent exploser.

Le Premier ministre Binali Yildirim a précisé que les assaillants avaient tiré à l’aveuglette pour empêcher l’intervention des services de sécurité. L’un s’est fait sauter dans le hall des départs, l’autre dans celui des arrivées, et le troisième à l’extérieur. Les trois étaient arrivés en taxi.

« Notre hypothèse penche vers l’Etat islamique », a déclaré Binali Yildirim lors d’une conférence de presse à Ankara, ajoutant que l’enquête serait achevée et l’identité des assaillants révélée dans les jours qui viennent.

A Washington, le directeur de la CIA, John Brennan, a estimé que le triple attentat portait la marque de la « dépravation » de l’organisation djihadiste.

Treize étrangers figurent parmi les victimes, ont annoncé les autorités turques: cinq Saoudiens, deux Irakiens et des ressortissants de Chine, de Jordanie, de Tunisie, d’Ouzbékistan, d’Iran et d’Ukraine.

A un bilan de 41 morts publié mercredi par les autorités s’ajoute une 42e victime selon l’agence de presse officielle Anadolu, qui rapporte tôt jeudi matin le décès d’une femme blessée à l’aéroport.

Cette attaque dans le troisième aéroport d’Europe est l’une des plus meurtrières menées en Turquie ces derniers mois.

UN « TOURNANT » POUR ERDOGAN

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a déclaré que l’attentat devrait constituer un tournant dans la lutte contre le terrorisme, qui, selon lui, « n’a rien à voir avec la foi ou des valeurs ».

Des images de caméras de vidéosurveillance montrent un kamikaze touché par une balle, probablement tirée par un policier. L’homme tombe et fait exploser sa bombe environ 20 secondes plus tard.

« C’est comme un puzzle… Les autorités étudient les images des caméras de vidéosurveillance, les déclarations des témoins », a indiqué un responsable turc.

L’agence de presse Dogan a rapporté, sans citer ses sources, que les autopsies des trois assaillants, dont les bustes étaient en lambeaux, ont révélé que ceux-ci pourraient être des ressortissants étrangers.

Des éléments du toit se sont abattus sur le trottoir devant le hall d’arrivée. Les baies vitrées du terminal ont volé en éclats et des câbles électriques pendent du plafond.

Mercredi matin, des équipes de nettoyage ramassaient les débris et la police poursuivait ses patrouilles alors que le trafic aérien reprenait progressivement à l’aéroport international.

Selon les services du gouverneur de la ville, 109 blessés qui avaient été hospitalisées après l’attaque ont pu rentrer chez eux. Une quarantaine de blessés étaient en revanche toujours en soins intensifs.

« Il y avait des petits bébés qui pleuraient, des personnes qui criaient, des débris de verre et du sang partout sur le sol. Il y avait beaucoup de monde, c’était le chaos », témoigne Diana Eltner, une psychologue suisse de 29 ans.

Des passagers dont le vol a été reporté dormaient encore à même le sol mercredi tandis que d’autres réconfortaient les employés de l’aéroport. Turkish Airlines a annoncé avoir annulé 340 vols avant la reprise du trafic après 08h00 (05h00 GMT).

« MAXIMISER » LA PEUR

L’attentat comporte des similarités avec les attaques du 22 mars à Bruxelles, où 16 personnes ont été tuées à l’aéroport de Zaventem dans des explosions déclenchées par des kamikazes de l’EI. Seize autres personnes avaient été tuées dans un attentat-suicide à une station de métro du centre de Bruxelles.

L’Etat islamique a également revendiqué les attentats de Paris qui ont fait 130 morts en novembre dernier.

« A Istanbul, ils ont utilisé une combinaison des méthodes employées à Paris et à Bruxelles. Ils ont planifié une attaque qui maximiserait la peur et les pertes humaines », a déclaré Suleyman Ozeren, spécialiste du terrorisme à l’Institut de politique et stratégie mondiales basé à Ankara.

Les autorités américaines ont relevé que l’attentat d’Istanbul semblait suivre le mode opératoire de l’EI, plutôt que celui des militants kurdes qui ciblent généralement le gouvernement turc.

Elles ont ajouté qu’il y avait une « nette augmentation » de la propagande et des communications des membres de l’EI sur les réseaux cryptés qu’ils utilisent sur internet, ce qui attesterait de leur volonté de multiplier les attaques en dehors de Syrie et d’Irak, où l’organisation djihadiste ne cesse de perdre du terrain.

Paul Roos, un Sud-Africain âgé de 77 ans, a décrit à Reuters l’un des kamikazes qui « tirait au hasard » dans le hall des départs de l’aéroport Atatürk, d’où il devait rejoindre Le Cap avec sa femme après des vacances dans le sud du pays. « Il tirait sur n’importe quelle personne qui se trouvait sur son chemin. Il était entièrement habillé de noir. Son visage n’était pas masqué. J’étais à 50 mètres de lui », raconte-t-il.

« Nous nous sommes réfugiés derrière un comptoir mais je me suis relevé et je l’ai regardé. Deux explosions ont retenti à peu d’intervalle. A ce moment-là, il avait arrêté de tirer », a dit Roos à Reuters.

« Il s’est retourné et a commencé à avancer vers nous. Il tenait son arme à l’intérieur de sa veste. Il a regardé nerveusement autour de lui pour voir si quelqu’un allait l’arrêter et puis il a descendu l’escalator (…) On a entendu de nouveaux coups de feu puis une autre explosion, et après c’était fini. »

Reuters

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