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Le Crépuscule des Justes

Abdelkarim Ghailane \ Chroniqueur

​L’information est tombée le 8 janvier dernier comme un couperet de papier, sous la signature de Luc Bronner dans les colonnes du Monde. Mais derrière la froideur des chiffres — 9 600 logements supplémentaires érigés en un an — se dessine une géographie de l’inexorabilité. Le gouvernement israélien ne se contente plus de bâtir ; il orchestre, à marche forcée, une symphonie du fait accompli. Ce n’est plus un record statistique, c’est une oraison funèbre : celle, programmée et méthodique, de la diplomatie des chancelleries.
​L’Architecture du Verrou
​Là où la terre devrait être un trait d’union, elle devient un champ de cicatrices de béton. Chaque fondation creusée en Cisjordanie agit comme un sceau de cire sur le testament de la solution à deux États. On ne parle plus ici de frictions frontalières, mais d’un « coup de grâce » administré au flanc d’un espoir moribond. Le vocabulaire de l’indignation, usé jusqu’à la corde, s’efface devant la réalité physique des murs : chaque colonie est un verrou, chaque route de contournement une rature sur la carte de la dignité.
​Le Droit face au Spectre de la Force
​Le droit international, ce grand corps malade, semble aujourd’hui relégué au rang de murmure inaudible face au fracas des pelleteuses. Pourtant, il demeure l’unique rempart contre la barbarie de la loi du plus fort. Laisser cette expansion se muer en destin, c’est accepter que l’encre des traités soit diluée dans le ciment des faits accomplis. L’espace vital palestinien, cette peau de chagrin qui s’étiole sous le soleil de l’indifférence, réclame plus que des condamnations feutrées. Il exige une résonance : celle de la reconnaissance pleine et entière de l’État de Palestine, et celle de sanctions qui ne seraient plus de simples symboles, mais des actes de justice.
​Le Poids du Silence
​Soutenir la Palestine en cette aube de 2026, c’est refuser que la justice soit emmurée vivante sous les soubassements de l’illégalité. C’est comprendre que la complicité ne réside pas seulement dans l’action, mais dans la passivité du regard. À force de contempler l’irréparable sans ciller, nous finissons par en devenir les architectes silencieux. Le temps n’est plus à l’encre des communiqués, mais au courage des sanctions. Car si la paix expire aujourd’hui sous la pression du béton, c’est notre propre humanité que nous enterrons avec elle.

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