La capitale sud-coréenne a annoncé lundi la mise en place d’un vaste plan de lutte contre la prolifération de caméras cachées dans les toilettes publiques, à usage pornographique. Près de 6 500 cas de voyeurisme ont été signalés l’an dernier, alertant sur l’ampleur du problème.
Dans les espaces publics de Séoul, de petites caméras enregistrent subrepticement des milliers de femmes en situation de vulnérabilité. Le « spy-cam porn » ou « pornographie par caméra d’espionnage » est devenu depuis quelques années un véritable phénomène en Corée du Sud. La pratique consiste à partager sur des sites pornographiques des photos et vidéos intimes prises à l’insu de milliers de femmes dans des toilettes et lieux publics, via des systèmes de caméras camouflées, dites « molka ». En réponse au mécontentement croissant, la capitale sud-coréenne a annoncé dimanche 2 septembre le lancement d’une campagne de répression inédite visant à nettoyer l’espace public de ces pièges.
Désormais 8.000 agents – contre 50 actuellement – seront affectés quotidiennement à la fouille de quelque 20.554 toilettes publiques. « Il s’agit d’aider les citoyens à se sentir en sécurité lorsqu’ils utilisent les toilettes publiques, sans se préoccuper des caméras d’espionnage », a déclaré le gouvernement métropolitain de Séoul dans un communiqué.
Seuls 38% des auteurs sont actuellement jugés
La réaction des autorités intervient alors que des milliers de Sud-coréennes ont participé cet été à un mouvement de contestation historique en faveur de la défense des droits des femmes dans le pays. L’une des principales revendications était d’assurer la répression d’une pratique qui a explosé ces dernières années : selon des rapports antérieurs, les crimes commis avec des caméras cachées ont presque triplé en cinq ans, passant d’environ 2.400 cas en 2012 à 6.470 l’an passé. «Je ne me suis jamais sentie en sécurité en allant aux toilettes publiques depuis mes études », raconte par exemple Choi Yoon-jeong, 34 ans, dans les colonnes du New York Times. 80% des victimes seraient des femmes.
Par ailleurs, si de plus en plus de voyeurs sont signalés, peu sont effectivement punis. Alors que 4.499 suspects de « molka » ont été identifiés par la police en 2016, seuls 38 % d’entre eux ont été jugés. Sur les procès qui ont eu lieu entre janvier et juin de cette année, seuls 10,5 % auraient débouché sur des peines de prison, d’après l’élue sud-coréenne Park Kyung-mi, rappelle le Korean Herald.
« Il est vrai que les enquêtes de nos autorités de police ont été un peu lâches et que les sanctions n’étaient pas trop sévères même lorsque de tels crimes ont été exposés », a reconnu le président sud-coréen, face à ce constat accablant. Décrit par les militantes coréennes comme « l’une des formes de harcèlement les plus préoccupante du XXIe siècle », le « spy-cam porn » est bien devenu aujourd’hui un véritable enjeu de société.