Interviews

Les enjeux de l’enseignement à distance et du post-confinement

Le président de l’Université Cadi Ayyad de Marrakech (UCA), Moulay El Hassan Ahbid, livre sa vision sur le passage au digital après la suspension des cours en présentiel en raison du Covid-19, la pertinence de l’expérience de l’enseignement à distance et la possibilité de programmer des examens dans ces circonstances exceptionnelles, ainsi que les scénarios envisageables pour la phase post-confinement.

Comment l’Université Cadi Ayyad a-t-elle pu réussir le passage au digital pour assurer la continuité des cours en période de confinement?

Engagée à fond pour assurer la continuité des cours à distance durant ces circonstances exceptionnelles, l’Université Cadi Ayyad a adopté une formule digitale afin d’adapter son offre de formation avec le contexte actuel et de jouer pleinement son rôle dans la création et la transmission du savoir.

Ainsi, l’Université a procédé à la mise en place d’une plateforme numérique intitulée « UCA Campus Numérique », qui contient plus de 9000 ressources pédagogiques, y compris des PDF, Power point, Audio, Vidéos…

« Outre, la mise à disposition des ressources pédagogiques, le suivi des cours à distance et la planification de la plateforme électronique, nous avons passé dans un temps record, à la numérisation de l’enseignement à travers des cours sur Google Classroom, ou bien en utilisant Zoom, Teams ou Google Meet, ce qui a permis aux enseignants de suivre de près les étudiants comme en présentiel ».

Il faut noter également que grâce à un accord conclu entre le ministère de tutelle et les opérateurs du secteur des télécommunications, les étudiants ont pu avoir accès gratuitement aux plateformes numériques mises en place.

« Nous avons aussi pu mettre des mesures d’indicateurs de performance, c’est à dire mesurer le nombre des étudiants qui se connectent à la plateforme de façon régulière, pour faire le point au quotidien sur l’avancement des travaux ».

De même, à l’instar de l’ensemble des Universités du Royaume et suite aux consignes du ministère de l’éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, l’UCA a mis à la disposition de la chaîne TV Arryadia, une série de cours universitaires, dans ce sens plus de 124 cours ont été enregistrés pour la télévision et 120 cours sont diffusés sur la radio régionale de Marrakech.

Pour accompagner cet élan pédagogique et dans le cadre d’une coordination entre les présidents des universités, nous avons mis en place des tables rondes qui traitent des sujets relatifs à l’Université et à la société pendant cette période de confinement. Ainsi, cinq tables rondes ont été enregistrées, traitant diverses questions liées aux aspects médico- socio économiques de la période de la pandémie, au rôle des sciences sociales et à la solidarité sociale.

Dans un autre sillage, vu ces circonstances difficiles l’UCA a décidé de prendre en charge les étudiants étrangers qui poursuivent leurs études dans les différents établissements relevant de cette Université, et ce en étroite coordination avec les services de la cité universitaire et de la Wilaya, et aussi grâce aux efforts louables de certaines associations qui ont apporté toute l’aide nécessaire.

Comment évaluez-vous l’efficacité de l’expérience de l’enseignement à distance ?

Aujourd’hui on assiste à un engouement inédit, il y a toute une dynamique pour passer à l’enseignement à distance, certes, ce mode d’enseignement ne remplacera jamais les cours en présentiel mais il peut être complémentaire (pédagogie hybride).

L’utilisation du numérique et du digital dans l’enseignement est une nouvelle culture à consolider chez l’étudiant comme chez l’enseignant. Pour l’admettre et l’adopter il faut absolument un temps d’adaptation.

En effet, l’Université Cady Ayyad dispose d’un système avancé dans ce sens, déjà depuis 2014 nous avons procédé à la mise en place des cours à distance et au développement des outils E-learning. La numérisation de l’enseignement demeure très développée dans certains de nos établissements, notamment la Faculté des sciences et la Faculté des sciences et techniques (FST).

L’expérience de l’enseignement à distance n’est pas nouvelle pour notre université, nos enseignants sont habitués à l’enseignement à distance ou hybride (le présentiel complété par le numérique). Aussi, plusieurs de nos professeurs, notamment au niveau de la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales et la faculté des lettres possèdent leur propre chaîne Youtube et leur page Facebook sur lesquelles ils font des Live.

On peut dire alors que cette période de confinement a renforcé la culture des cours en ligne et a stimulé le goût de l’enseignement à distance chez les professeurs et les étudiants.

De même, l’expérience de l’enseignement à distance a permis de jeter la lumière sur la nécessité de développer les infrastructures universitaires pour accompagner les grandes évolutions et les développements technologiques.

Consciente de l’importance de cette question, l’UCA a développé une infrastructure moderne qui accompagne ces mutations. l’Université dispose de sept studios pour l’enregistrement des cours, des plateformes numériques et des serveurs de grandes capacité mis en place avant même le déclenchement de la pandémie, avec 450 capsules enregistrées.

Je tiens aussi à préciser que l’enseignement à distance permet à l’étudiant d’agir et de travailler de façon autonome et d’apprendre à apprendre.Cette expérience va pousser les étudiants à compter davantage sur eux même pour développer leurs compétences, car normalement 75 pc de l’apprentissage doit venir du travail personnel de l’étudiant.

Comment vous vous préparez pour la phase post-confinement?

Le post confinement est une période qu’on va vivre progressivement, on ne peut revenir à la vie normale du jour au lendemain, donc il y aura une période transitoire qui va exiger beaucoup de vigilance. on est alors entrain de préparer les conditions sanitaires et de mettre toutes les précautions nécessaires pour assurer la sécurité sanitaire de tous.

La reprise des cours en présentiel à partir de septembre prochain pour tous les niveaux, y compris l’enseignement supérieur et la formation professionnelle, est une décision très sage car on ne peut pas faire revenir les étudiants dans les circonstances actuelles, par exemple juste à l’échelle de l’UCA, la faculté de droit compte 37.000 étudiants alors que celle des sciences comprend 14.000 étudiants. Donc, on ne peut avoir tout d’un coup une masse d’individus dans un même endroit, comme ça on risque d’augmenter rapidement le nombre de reproduction de base c’est à dire le « R0 », et favoriser une croissance très importante du nombre de personnes contaminées.

Cette décision s’inscrit parfaitement dans notre stratégie. Nous avons déjà mis en place un plan d’action qui comporte une panoplie de mesures en vue d’endiguer la propagation du Covid-19 en milieu universitaire et préserver la sécurité sanitaire de tous les acteurs de la vie universitaire: étudiants, corps enseignant et personnel administratif et technique.

Nous avons commencé aussi à réfléchir pour l’année prochaine sur les filières qu’on va lancer, comment on va organiser l’année universitaire. Notre action n’est pas focalisée uniquement sur l’enseignement mais cible aussi la recherche scientifique.

L’UCA a orienté la recherche scientifique vers la pandémie du coronavirus et ses répercussions sur les différents aspects de la vie sociale et économique. Cette initiative vise à tirer vers le haut les indicateurs de la production scientifique dans le domaine des sciences humaines et exactes ou des sciences d’ingénieur autour du nouveau coronavirus et ce, dans le sillage du lancement par le département de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique du programme de soutien à la recherche scientifique multidisciplinaire dans les domaines liés au Covid-19.

Ainsi, 110 projets ont été proposés au niveau de l’Université Cadi Ayyad. Nous avons aussi continué à distance le travail administratif pendant cette période de confinement, également nous avons pu assurer le paiement de plusieurs factures des fournisseurs et des sociétés avec lesquels travaillent l’université, car nous sommes conscients de la difficulté de ces circonstances, et que nos entreprises sont les créateurs de l’emploi et le dynamo de notre économie.

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