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Les Irakiens dans la rue, sous une pluie accrue de tirs et de lacrymogènes

Deux manifestants ont été tués dimanche dans le sud de l’Irak et des dizaines blessés par les forces de l’ordre qui tiraient dans le centre de Bagdad devenu un champ de bataille, la mobilisation se maintenant malgré le risque d’un « bain de sang ».

La contestation, lancée le 1er octobre pour réclamer la chute d’un pouvoir jugé corrompu et incompétent, a un temps semblé faire trembler les autorités. Mais après plus d’un mois –et 319 morts selon un bilan officiel annoncé dimanche matin–, leurs rangs sont plus resserrés que jamais.

Après cet accord pour un « retour à la vie normale », les forces de sécurité ont intensifié la répression dans un pays coupé du monde depuis une semaine, sans internet ni réseaux sociaux.

À Nassiriya, deux nouveaux manifestants ont été tués en soirée par les balles des forces de sécurité, alors qu’à Bagdad, sur la place Khallani, proche de Tahrir, des vagues de manifestants couraient sous les tirs dans un nuage de gaz lacrymogène.

Dans la cohue, un ballet d’ambulances et de touk-touks transportaient des dizaines de blessés, non loin de la place Tahrir, épicentre de la contestation où des centaines de manifestants se trouvent toujours.

« Je veux mon pays ! »

Les protestataires se disent déterminés, malgré les arrestations et les enlèvements dans leurs rangs et des bombes sonores explosant par dizaines, surtout la nuit, faisant trembler tout le centre de Bagdad –une technique d’intimidation assurent militants et policiers sous le couvert de l’anonymat.

« Les dirigeants n’ont aucune loyauté pour le pays, ils font allégeance à l’Iran ou aux Etats-Unis », qui se disputent l’influence sur l’Irak depuis des années, lance l’un d’eux à l’AFP.

« Ca fait 16 ans que les autorités ne font rien et maintenant ils nous tuent de sang-froid ! Dégagez ! Ca suffit ! », s’époumone encore le jeune homme.

Samedi, neuf manifestants avaient été tués à Bagdad –par balles ou par des grenades lacrymogènes dénoncées comme non-réglementaires car de type militaire et pesant dix fois plus qu’ailleurs dans le monde.

La Commission parlementaire des droits humains a réclamé des comptes aux autorités, dénonçant des tirs venus de snipers postés sur des toits et des blessés touchés par « des tirs de grenaille et des armes de chasse ».

Depuis début octobre, l’Etat accuse également des snipers mais assure ne pas parvenir à les identifier.

Plan onusien

Alors que les manifestants redoutent désormais une dispersion par la force de Tahrir et qu’Amnesty International redoute « un bain de sang », la mission de l’ONU en Irak (Unami) a proposé dimanche soir un plan de sortie de crise.

Avant toute chose, alors que beaucoup en Irak dénoncent « une nouvelle république de la peur », l’Unami réclame la libération de tous les manifestants arrêtés.

Elle réclame également que la lumière soit faite sur les enlèvements de militants et de médecins –qui sont pour les défenseurs des droits humains le fait de forces agissant au nom de l’Etat mais aussi de groupes armés.

La feuille de route de l’Unami propose également un référendum sur une réforme constitutionnelle sous trois mois, une révision de la loi électorale sous deux semaines et de nouvelles mesures anticorruption dans le 12e pays le plus corrompu au monde.

Ces amendements sont toutefois loin des revendications des manifestants qui réclament désormais la fin du système politique tel qu’il a été créé après la chute de Saddam Hussein en 2003.

Ils veulent une nouvelle Constitution et une classe politique entièrement renouvelée.

Avec un jeune sur quatre au chômage et un habitant sur cinq vivant sous le seuil de pauvreté, les manifestants assurent qu’ils poursuivront blocages et désobéissance civile tant qu’ils n’auront pas obtenu « leur part du pétrole » en Irak, deuxième producteur de l’Opep.

À Bassora (sud) toutefois, ils n’ont pas pu redescendre dans les rues dimanche. Les forces de l’ordre arrêtaient quiconque sortait dans les rues au lendemain de la mort de trois manifestants abattus par les tirs des forces de sécurité.

À Nassiriya (sud), elles ont pourchassé des médecins ayant manifesté jusque dans un hôpital pédiatrique, et y ont tiré des lacrymogènes, a indiqué à l’AFP le responsable provincial de la Santé. « Nous avons dû transférer des enfants hospitalisés vers un autre hôpital pour les garder en vie ».

Alors que les médecins se disent de plus en plus en danger, à Bagdad, un journaliste de l’AFP a vu une grenade lacrymogène tomber devant la porte ouverte d’une ambulance dont tout le personnel a aussitôt suffoqué.

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