Abdelkarim Ghailane: Chroniqueur
Derrière l’autosatisfaction affichée par la ministre Nadia Fettah, le bilan du soutien social — 49 milliards de dirhams — soulève autant d’interrogations qu’il ne suscite d’espoirs. Si l’exécutif se gargarise de « consacrer l’État social », cette générosité budgétaire s’apparente davantage à un expédient qu’à une réforme structurelle de fond.
Surtout, cette distribution de subsides semble dérisoire face au rouleau compresseur d’une inflation galopante qui érode inexorablement le panier de la ménagère. Le pouvoir d’achat ne se décrète pas à coups d’allocations ; il se protège par une maîtrise rigoureuse des prix. Sans une régulation ferme des marchés, ces aides, à peine versées, sont aussitôt englouties par la cherté de la vie, transformant l’effort national en un véritable tonneau des Danaïdes financier.
Par ailleurs, réduire la politique sociale à une gestion algorithmique via le Registre Social Unifié risque de déshumaniser la détresse. L’annonce d’une aide renforcée pour fin 2025 résonne comme une promesse de calendrier politique, une bouffée d’oxygène bien trop tardive pour des foyers déjà asphyxiés.
En définitive, l’État social ne peut se résumer à une arithmétique de la survie. À force de privilégier la perfusion monétaire au détriment d’une refonte structurelle de la santé et de l’éducation, le gouvernement ne fait qu’écoper l’océan avec une petite cuillère : il achète du temps au prix fort, sans jamais colmater la brèche d’un navire social qui prend l’eau de toutes parts.

