Saoudi El Amalki
Pendant les années 70, à l’instar de toutes les zones du royaume, le chef lieu de la région Souss Massa, baptisée par l’actuel découpage administratif, endurait les oppressions de l’Autorité, sous toutes ses formes. L’ultime ère de plomb sévissait encore, au sein des rangs du mouvement national. Les militants surtout ceux de la gauche étaient constamment soumis à de tristes pratiques d’arrestation, d’emprisonnement et de torture. La capitale du Souss était connue pour son attitude de refus, d’insoumission et de rébellion, ainsi que toute la région… C’est dans ce climat plutôt sombre qu’émergeait Abdallah Larouji, en tant que combattant farouche contre la cruauté et l’injustice. Il avait vécu la geôle et vu décéder entre ses bras l’activiste jeune d’Anza en 1979. En fait et surtout quand la tension s’apaisait, il s’était engagé dans une expérience communale, depuis 1976 et se distinguait par sa serviabilité en direction des franges démunies. Son éclat et son humilité lui valurent l’empathie de la société miséreuse à tel point qu’il s’est hissé à la tête de la commune Anza et la communauté urbaine où il poursuivit son action généreuse en faveur des couches déshéritées. Durant ses mandats, il appuyait avec abnégation les bonnes causes d’où elles peuvent provenir sans sectarisme. En parallèle de sa bonhomie communale, il se lançait également dans l’action associative où il soutenait avec ferveur l’expérience théâtrale d’Agadir, à travers son implication au festival annuel en compagnie des défunts Abdelkader Ababou et Hassan Souabni et consorts sous la férule de l’Union Théâtrale d’Agadir. Dans le même ordre d’idées, il présidait un club de football qu’est le Raja d’Agadir auquel il fonda un siège social et octroyait des concentrations de longue durée en France, avant le début de chaque championnat. Abdallah Larouji était aussi l’artisan de nombre d’activités au profit de la ville, à travers des accords de jumelage avec notamment la ville bulgare de Pleven et portugaise de Olhao dont le nom fut dédié au jardin original de la ville joliment réaménagé aujourd’hui, dans le cadre du projet Royal du PDU. Larouji était un exemple de militant magnanime de cœur qui distribue le bien sans compter, avec un air spontané et un sourire éclatant. Et lorsqu’il a accompli tous ses mandats et rendu de loyaux services aux populations, il regagnait sa « petite classe », consentir les abc du savoir aux gamins dans une école d’Amsernate, Ibn Batouta. Il n’a jamais fui son métier initial d’instituteur, tel que bon nombre de ses semblables ont fait sans nul scrupule. Il allait rejoindre son école, avec civisme et citoyenne jusqu’à sa retraite. Jean Jaurès, l’illustre fondateur du socialisme en France disait un jour : « On n’enseigne pas ce que l’on sait ou ce que l’on croit savoir : on enseigne et ne peut enseigner que ce que l’on est ! ». Larouji n’aura enfin enseigné aux petits en classe et aux grands en public que ce qu’il est lui-même, c’est-à-dire un citoyen de haute qualité humaniste. En guise de considération à cette sommité de la militance, on lui dédiera une gerbe de muguet et de girofle, tout en lui offrant un extrait du poème de Pierre de Ronsard :
Avant le temps tes temples fleuriront,
De peu de jours ta fin sera bornée,
Avant le soir se clorra ta journée ,
Trahis d’espoir tes pensers periront :
Sans me fléchir tes escrits flétriront,
En ton désastre ira ma destinée,
Ta mort sera pour m’aimer terminée,
De tes souspirs nos neveux se riront.