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Quand l’excellence organisationnelle devient sélective : Réflexions sur deux vitesses dans l’action publique

Une réalité apparaît aujourd’hui avec une acuité inquiétante : Notre pays est capable de réaliser des projets sportifs d’envergure mondiale, dans des délais précis, pour un coût pouvant atteindre des dizaines de milliards de dirhams, alors qu’il peine à obtenir des résultats concrets et satisfaisants dans le cadre d’un programme vital de reconstruction après le séisme, malgré l’allocation d’un budget bien plus important.

À Rabat, une salle omnisports moderne comprenant une patinoire et un terrain de hockey sur glace a été construite pour un coût d’environ 246 millions de dirhams. Au niveau national, plus de 9,5 milliards de dirhams ont été alloués à l’aménagement de six grands stades en vue de la Coupe d’Afrique des nations 2025, en plus de la construction du grand stade de Benslimane, dont le coût est estimé à environ 5 milliards de dirhams. Ces projets avancent et deviennent réalité, et sont largement salués pour l’efficacité de leur mise en œuvre.

Parallèlement, le programme de réhabilitation et de reconstruction après le séisme, doté d’un budget de 120 milliards de dirhams, peine à transformer l’urgence humanitaire en résultats concrets sur le terrain. Cette disparité soulève des questions. Elle ne porte pas tant sur les ressources financières que sur la manière dont les actions publiques sont conçues, orientées et hiérarchisées.

* Les projets sportifs bénéficient généralement d’une gouvernance centralisée, claire et hiérarchisée. Les rôles sont clairs, les entrepreneurs sont désignés, les délais ne sont pas négociables et la pression internationale agit comme un puissant catalyseur de performance.

À l’inverse, les programmes sociaux complexes, tels que la reconstruction après un tremblement de terre, sont confrontés à une fragmentation institutionnelle : multiplicité des parties prenantes, chevauchement des compétences, lourdeur administrative, cycles d’approbation interminables. La responsabilité devient collective et, par conséquent, souvent dispersée.

– Conclusion :

La différence de résultats entre ces deux types de programmes n’est pas une fatalité technique, mais le reflet de choix organisationnels et politiques. Cela nous oblige à réfléchir collectivement : si nous sommes capables de construire des terrains de sport en un temps record, nous sommes également capables de reconstruire des vies — à condition de fournir le même effort, d’appliquer les mêmes normes et d’accorder la même priorité.

Mounir SEGHROUCHNI

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