Aucun compromis budgétaire entre le Sénat et la présidence n’a été trouvé samedi. Les discussions pour débloquer le pays sont reportées à janvier.
Les administrations fédérales américaines tournent au ralenti depuis vendredi minuit, heure de Washington. Les États-Unis sont entrés samedi dans une période de turbulences à quelques jours de Noël faute de compromis entre le Congrès et la Maison-Blanche sur le financement d’un mur à la frontière mexicaine voulu par Donald Trump. Ce « shutdown » pourrait durer jusqu’en janvier selon un responsable de la Maison-Blanche. « Il est très possible » que le shutdown « aille jusqu’au nouveau Congrès » qui doit se réunir pour la première fois le 3 janvier, a dit le directeur du Budget à la Maison-Blanche Mick Mulvaney, dimanche sur Fox News.
« Nous négocions avec les démocrates sur la sécurité aux frontières dont nous avons absolument besoin (gangs, drogues, trafic d’êtres humains et plus) mais ça pourrait durer longtemps », a prévenu samedi en fin de matinée le président américain, qui a différé son départ en vacances en Floride.
Finalement, en fin de journée, le Sénat américain a suspendu les discussions sur un compromis budgétaire qui mettrait fin à la fermeture partielle des administrations fédérales, reconnaissant l’échec des tractations sur le financement d’un mur à la frontière mexicaine voulu par Donald Trump qui sont reportées au-delà de Noël. Faute de financement du Congrès, de nombreux ministères et agences gouvernementales ont fermé leurs portes samedi matin, laissant environ 800 000 fonctionnaires en congé sans solde ou, pour les services jugés essentiels, forcés de travailler sans être payés alors que la période des fêtes bat son plein.
Les démocrates reprendront début janvier le contrôle de la Chambre des représentants après leur victoire électorale en novembre alors que les républicains resteront majoritaires au Sénat, ce qui augure des négociations difficiles entre les deux chambres. Avec actuellement 51 sièges sur 100 au Sénat, et deux supplémentaires à partir de janvier, les républicains ne disposent pas des 60 voix nécessaires pour l’adoption d’une loi budgétaire.
Le président américain a réaffirmé dimanche sa volonté farouche d’obtenir les 5 milliards de dollars pour la construction d’un mur destiné à freiner l’immigration clandestine, l’une de ses principales promesses de campagne.
Un mur « cher, inefficace dont la majorité des Américains ne veut pas »
« Je suis heureux que des discussions productives se poursuivent », a expliqué le chef de la majorité sénatoriale Mitch McConnell, après avoir annoncé que le Sénat se réunirait de nouveau le 27 décembre. « Quand ces négociations produiront une solution acceptable par toutes les parties – ce qui veut dire 60 votes au Sénat, une majorité à la Chambre et une signature présidentielle – alors nous la présenterons en séance », a-t-il ajouté.
Donald Trump réclame que le budget de fonctionnement d’une partie de l’administration intègre 5 milliards de dollars pour financer la construction d’un mur à la frontière avec le Mexique, l’un de ses principaux engagements de campagne. Ce que refuse catégoriquement l’opposition démocrate, qui propose une allocation de 1,3 milliard de dollars pour l’amélioration de la sécurité aux frontières.
Le patron des sénateurs démocrates Chuck Schumer a rendu l’occupant de la Maison-Blanche responsable de la situation. « Si vous voulez ouvrir le gouvernement, abandonnez le mur, purement et simplement », a-t-il dit, fustigeant une barrière « chère, inefficace dont la majorité des Américains ne veut pas ». Avec seulement 51 sièges sur 100 au Sénat, les républicains ne disposent pas des 60 voix nécessaires pour l’adoption d’une loi budgétaire. Et ils ne peuvent pas compter sur un appui des démocrates. Le temps presse pour le président car les démocrates reprendront en janvier la majorité à la Chambre des représentants après leur victoire électorale en novembre.
Des ministères importants affectés
Le « shutdown » affecte des ministères importants comme la Sécurité intérieure, la Justice, le Commerce, les Transports, le Trésor ou l’Intérieur, qui gère les parcs nationaux très visités pendant les fêtes, comme le Grand Canyon. La statue de la Liberté doit toutefois rester ouverte au public grâce au financement de ses opérations par l’État de New York. Le principal syndicat de fonctionnaires, l’AFGE, a fustigé un blocage « honteux, inacceptable et un gaspillage tout à fait évitable des dollars des contribuables ».
Pour Hank Johnson, élu démocrate de Géorgie, le « shutdown » affecte les fonctionnaires qui « méritent de pouvoir payer leur loyer, payer des cadeaux de Noël et manger ». « Les choses ne vont pas bien aux États-Unis », a pour sa part tweeté l’élu républicain Carlos Curbelo. Les touristes visitant la capitale fédérale en ont également été pour leurs frais. « C’est ridicule et pas nécessaire », a dit à l’Agence France-Presse Philip Gibbs, un enseignant à la retraite venu du sud de Virginie. Mais pour Howard Vander Griend, du Tennessee, « ça ne mettra pas la pression sur Trump. Il obtiendra ce qu’il veut et c’est une bonne chose ».
Un contexte tendu
Ce blocage budgétaire est le troisième de l’année, après janvier (trois jours) et février (quelques heures), déjà à cause de la question migratoire. Il intervient dans un contexte tendu avec l’annonce présidentielle du retrait des troupes américaines de Syrie. Cette décision a provoqué les démissions du ministre de la Défense Jim Mattis et de l’émissaire pour la coalition internationale anti-djihadiste Brett McGurk.
Reste à savoir comment Wall Street, qui sera ouvert lundi pour une séance raccourcie, va réagir à cette prolongation. La Bourse de New York a enregistré cette semaine son pire plongeon hebdomadaire depuis 2008, agitée notamment par la hausse des taux d’intérêt, la menace de « shutdown », la guerre commerciale et la perspective d’un ralentissement économique aux États-Unis.