A la une

VIOLENCES FAITES AUX FEMMES DANS LE MONDE ARABO- MUSULMAN

Ouvrage collectif
Voici un livre abordant un sujet cruellement d’actualité dans le monde entier. Mais c’est sur le monde arabo-musulman que s’est penché le collectif de chercheurs et de chercheuses, qui ont contribué à Violences faites aux femmes dans le monde arabo-musulman, afin d’aborder quelques formes et facettes des violences faites aux femmes. Un regard croisé et interdisciplinaire nécessaire !
À propos du livre
La violence faite aux femmes est un phénomène socioculturel, observé dans la majorité des sociétés du globe.
C’était un objet d’étude de plusieurs approches et disciplines. Pourtant, nous pensons qu’il mérite d’être étudié suivant la spécificité de chacune des sociétés, vu les dissemblances de son enracinement, de ses démonstrations et de sa transmission.
Notre collectif tente de soulever le débat et la réflexion autour du phénomène dans certains pays faisant partie du monde arabo-musulman, où la spécificité du commun est apparente.
Le patriarcat perdure dans cette partie du globe à travers un processus socio- culturel légitimé religieusement et enraciné via des transmissions tacites entre les générations

Extrait de la contribution
de KANZA KASSIMI
Coordinatrice du collectif

« Afin de combattre les violences qui touchent aux femmes et se répercutent négativement sur plusieurs autres domaines sociaux, nous avons intérêt à dévoiler ostensiblement les tabous qui garantissent le maintien de l’ordre patriarcal établi et sacralisé. Des musulmans, qui ne sont ni infaillibles ni sacrés, ont pu forger toute une culture qui sous-estime les femmes et leur attribue un statut non pas uniquement inférieur à celui des hommes, mais dévalorisant.
Nous pouvons énumérer ces conditions dévalorisantes tout en confirmant que cela fait partie du dogme religieux édifié à travers l’histoire des musulmans par des humains qui ne sont pas infaillibles.
Et c’était ainsi que le patriarcat ancestral a pu perdurer, s’enraciner et acquérir une légitimité religieuse incontestable. Les musulmanes, étaient et subsistent majoritaires à adopter et à reproduire ces représentations patriarcales, tout en croyant qu’il s’agit d’une volonté divine irréfutable.
La littérature et la pensée de culture musulmane, avaient ciselé dans la même voie afin d’assujettir les femmes et de confirmer leur infériorité et leur subordination. Et le rôle de l’exégèse qui a été fondamental à travers l’histoire des musulmans, ne pouvait pas imposer l’opportunité de possibles renouvellements de l’approche adoptée, car ce travail était limité dans une sphère d’exégètes servant des institutions gouvernées par des hommes, et tous n’avaient pas intérêt à proposer une exégèse qui pouvait dépatriarcaliser la société.
Ainsi le patriarcat s’enracine au fond de l’inconscient collectif, se reproduit via la transmission entre les générations à travers les siècles, et on ne trouvait aucun intérêt dans le penchant d’une pensée féministe égalitaire. Par conséquent, les femmes continuaient à subir des violences symboliques et morales tout en étant traitées comme source de pêché et de jouissance à la fois…
[…] L’une des violences patriarcales les plus paradoxales, est incarnée lorsque les enfants nés hors mariage rejoignent le sort de leurs mamans, en cumulant le mépris de la société et l’hostilité juridique, on ne prend en considération ni l’évolution du contexte mondial, ni le côté humain, ni même l’intérêt suprême de la société où tous les enfants doivent être considérés méritoires d’une égalité de chance dans un État de justice ambitionné. Paradoxalement, rien ne compte devant la raison des ancêtres qui continue de gérer notre quotidien…
Au sein des associations qui luttent contre les violences faites aux femmes, et durant des instances aux tribunaux les facettes cachées de notre société marocaine peuvent être dévoilées facilement et gravement.
On peut constater que malgré le changement observé, au niveau des conditions d’une catégorie importante de femmes, grâce à la scolarisation, l’accès au travail salarié et l’ouverture sur les autres cultures et sociétés, le bouleversement concret au niveau des mentalités demeure minoritaire : des convictions patriarcales collectives continuent de perdurer et de structurer les mentalités à travers tout un système de transmission et de reproduction.

En parallèle, nous observons au sein de la société marocaine, une certaine cohabitation paradoxale de l’évolution et en même temps de la régression, d’une certaine conscience moderniste minoritaire de droit humain universel et de citoyenneté démocratique. Cette dernière s’édifie et s’oppose au sens commun majoritaire qui sous-estime les femmes et leur consacre plusieurs types de violence, où le symbolique et l’implicite prévaut, domine et engendre les souffrances les plus destructrices…

( Ont participé à cet ouvrage (par ordre des contributions) : Kanza Kassimi, Nadia Ait-Zai, Katia Aribi, Hanane El Majidi, Soundoss Sabri, Imèn Moussa, Laila Benhessou, Abdelaadim Tahiri, Sabah Attab et Rodrigue Boulingui.
La coordination de ce collectif a été assurée par Kanza Kassimi, lauréate de l’université de Bordeaux (France). Professeure de sociologie et d’anthropologie à l’université Ibn Zohr, FLSH Agadir. Conférencière et écrivaine. Experte de genre au laboratoire des politiques globales à l’Unesco ) .

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *