A la une

Younes moujajid: La grande supercherie

L’une des principales recommandations du Forum de Dakhla sur « La complémentarité en la presse de qualité et l’éducation aux médias » a été la création d’une plateforme internationale pour les journalistes et les experts des médias. Une plateforme devant être constituée des participants au forum et élargie à d’autres compétences. Cette plateforme vise à poursuivre le débat sur la lutte contre les campagnes de désinformation et les fake news, à défendre un journalisme de qualité et à contribuer à l’éducation du citoyen afin de développer un esprit critique concernant les articles publiés par les organes de presse, et surtout les réseaux sociaux. La création de cette plateforme a été proposée par des journalistes étrangers ayant participé au forum, organisé par la commission provisoire de gestion du secteur de la presse et de l’édition, les 20 et 21 juin 2025. Les participants ont accueilli favorablement cette proposition, ce qui explique son importance particulièrement dans le contexte actuel. Cependant, on peut légitimement se demander pourquoi cette proposition a été évoquée à Dakhla, lors d’un colloque universitaire et professionnel. En d’autres termes, pourquoi les participants, un groupe de journalistes et d’experts de différents continents, ont-ils ressenti le besoin de poursuivre l’échange sur leurs diverses expériences, d’approfondir la discussion et de maintenir le contact? Surtout qu’il s’agit de journalistes et d’experts de différents continents, sans aucun lien national, politique ou intellectuel autre que leur appartenance à la profession du journalisme et/ou à la recherche scientifique.
Il y a certainement un point commun entre ces personnalités : un intérêt professionnel et culturel pour tout ce qui touche à la qualité des médias et les défis auxquels ils sont confrontés à l’ère du numérique. Cependant, il y a peut-être autre chose, et c’est ce qui m’a poussé à chercher des réponses. Ce qui m’a poussé encore plus à trouver des réponses, des « aveux », non seulement de journalistes et d’experts occidentaux ou africains, mais aussi de participants arabes, dont beaucoup ont déclaré avoir été victimes de désinformation concernant la question du Sahara marocain.
L’accompagnateur qui a accueilli le secrétaire général du Syndicat des journalistes arabes, Khaled Miri, à l’aéroport de Dakhla, accompagné du président du Syndicat des journalistes égyptiens, Khaled El-Balshy, m’a confié que ce dernier avait été surpris en voyant la ville et s’était demandé : « Sommes-nous vraiment à Dakhla ?» Cet étonnement a été exprimé par certains participants, tandis que d’autres l’ont refoulé.
Ce qui importe dans des situations pareilles, c’est de se poser la question suivante : comment expliquer l’ignorance généralisée des journalistes arabes, ainsi que des pays africains, face à des faits qui pour nous sont évidents concernant la question du Sahara marocain ? Il y a un problème que nous résoudre. Sommes-nous défaillants dans notre devoir de diffuser la bonne information sur cette question ? Ou est-ce que la propagande de nos adversaires est plus forte et leur capacité de désinformation plus efficace ? Pourquoi nos médias, publics en particulier, sont-ils incapables d’atteindre un public hors du Maroc ? Le journalisme marocain, dans toute sa diversité, est-il toujours incapable de transcender les frontières ? Des fonds publics sont investis dans les médias, mais la vérité est qu’il reste encore beaucoup à faire pour avoir une presse nationale en mesure de défendre hors des frontières la cause nationale du pays. Une presse forte qui s’affirme donc au-delà des frontières. Quoi qu’il en soit, le problème n’est pas essentiellement financier. Il existe des médias francophones, principalement spécialisés dans l’économie, soutenus par de grandes entreprises, des banques et des institutions financières. Ces médias se taillent la part du lion en termes de publicité, mais leur rayonnement se limite à Casablanca et à quelques ministères et institutions publiques et financières. En réalité, ces journaux ne s’adressent pas au grand public, mais à une élite spécifique. Une nouvelle presse numérique a également émergé en langue arabe, généreusement financée par des ministères et même certains partis politiques. Leurs propriétaires semblent riches, mais leur rôle médiatique reste très limité. Nos médias n’ont pas réussi à atteindre les pays arabes et nous n’avons pas suffisamment diffusé les éléments essentiels sur la question du Sahara, même auprès des journalistes intéressés par le sujet.
Il y a un problème qu’il faut corriger. Le Forum de Dakhla a révélé le besoin impérieux d’une presse marocaine qui transcende les frontières et de médias nationaux capables de transcender le rôle traditionnel qui a prévalu jusqu’à présent. Le Maroc a besoin d’une presse qui fasse entendre sa voix, au moins dans les pays arabes et africains, et de médias qui sortent de la monotonie et se réveillent de l’euphorie de l’autosatisfaction. Le slogan de la préparation à la Coupe du monde incitera peut-être à mener cette réflexion, même si l’enjeu dépasse ce cadre étroit et circonstanciel. Il ne sera donc pas nécessaire d’inviter des journalistes au Sahara marocain pour constater par eux-mêmes que les images stéréotypées qui circulent sur cette région ne sont qu’une grande supercherie.

Par: younes moujahid

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *