Des habitants de cette île des Baléares veulent limiter le nombre de navires et de passagers débarqués, pour des raisons écologiques, rapporte le « Guardian ».
L’île de Majorque est la destination la plus prisée aux Baléares, en Espagne. En 2018, elle a accueilli 10 millions de touristes. Parmi eux, nombreux étaient ceux descendant des immenses navires de croisière amarrés dans le port de Palma de Majorque, la capitale de l’île. Et cela pose problème à de nombreux habitants. The Guardian explique que plus de 11 000 personnes et 30 ONG locales ont signé une pétition en ligne.
Intitulée « Manifeste contre les méga-croisières », cette pétition réclame de limiter à un seul le nombre de navires de croisière autorisés à accoster à Palma de Majorque et à 4 000 le nombre de touristes qui pourraient en débarquer chaque jour. Le journal britannique estime qu’actuellement entre cinq et huit bateaux de ce genre arrivent quotidiennement au port, déversant jusqu’à 15 000 passagers. Palma de Majorque pourrait ainsi imiter plusieurs villes européennes qui ont pris des mesures pour limiter le nombre de touristes, comme Venise, Barcelone ou récemment Bruges.
Deuxième port le plus pollué d’Europe
Les ONG derrière cette pétition dénoncent l’impact écologique de ces croisières : selon elles, un bateau de croisière amarré dans le port produirait 200 fois plus de pollution atmosphérique qu’une autoroute. Selon un récent rapport de l’ONG Transport & Environment, Palma de Majorque serait le deuxième port européen le plus pollué derrière Barcelone, à cause de ces énormes navires de croisière.
« En tant qu’île, nous disposons de ressources limitées et ces navires sont comme des villes flottantes qui déversent leurs déchets dans nos eaux », dénonce Marta Ferriol, coordinatrice de l’ONG Tramuntana XXI, dans les colonnes du Guardian. La pétition demande également une augmentation de l’écotaxe locale pour les croisiéristes et que les autorités portuaires dévoilent la consommation quotidienne d’eau et d’électricité de ces bateaux dans le port. La transparence fiscale en matière de travail est réclamée pour toutes les compagnies qui possèdent un de ces géants des mers, dont l’impact serait également social.
« Le problème, c’est que les touristes de ces bateaux de croisière arrivent tous en même temps en ville et saturent la partie historique. Ils ne dépensent pas d’argent en ville. Nous avons vu récemment un rapport de Venise affirmant que ce type de tourisme apporte peu d’avantages aux résidents », ajoute Marta Ferriol.
Pas avant 2022
Tous les habitants de Majorque ne sont pas opposés à ces navires. Un collectif de représentants des agences de tourisme, des chauffeurs de taxi et des restaurants a appelé à ne les pas « diaboliser », soulignant leur apport économique. Un rapport des autorités portuaires indique que les bateaux de croisière ont rapporté 256 millions à l’île et soutiendraient 5 000 emplois. Mais ce sont les opposants qui pourraient être entendus par la municipalité.
« Nous avons pris des mesures pour limiter le nombre d’appartements et d’hôtels touristiques, c’est maintenant au tour des bateaux de croisière », affirme Neus Truyol, conseiller municipal de Palma de Majorque, dans les colonnes du Guardian. Mais il leur faudra se montrer patients : le contrat entre la ville et les compagnies de croisière a été établi jusqu’en 2022. Si des restrictions sont décidées, elles n’entreront pas en vigueur avant cette année.