Pourquoi le film marocain ne brille-t-il pas dans les festivals de catégorie A, comme Cannes, Berlin, Venise, Toronto ou même San Sébastien ou Sundance et pourquoi ne casse-t-il pas la baraque du fonds-caisse (box-office). Bref, pourquoi le film marocain ne décolle-t-il pas?
Sans être schématique, je dirai une grosse faiblesse de scénario d’abord, et ensuite, une mise en scène banale pour ne pas dire catastrophique, où le réalisateur se contente d’enregistrer des dialogues et des décors au service du narratif et néglige l’inventif, le créatif et je me vois pousser à taire l’expression essentielle mais galvaudée qui est le film novateur, à la base de toute réflexion sur un cinéma national … Résultat des courses: des films insipides qui ont tort de revendiquer leur « cinématographicité » (dixit le néologisme de l’auteur) alors que rien ni personne ne peut défendre ces monstruosités sans queue-ni-tête.
Essayons maintenant de poser en toute sérénité les bonnes questions sur ce qui a conduit aux conclusions fâcheuses et choquantes déclinées plus haut.
En tête de liste, il faut mettre en exergue les politiques cinématographiques qui ont conduit le secteur et qui ont fait preuve d’une gestion calamiteuse portée par des individus qui ont plus regardé la promotion de leur nombril que le secteur en lui-même. Ils ont plus créé des problèmes supplémentaires que régler des situations évidentes restées suspendues. On leur doit essentiellement la division des rangs des professionnels ( une tonne de chambres et de syndicats impossible à gérer en interlocuteur crédible) qui ont toujours du mal à discuter à l’unisson dans une réunion sans évoquer un passif lourd.
C’est pour ainsi dire que personne ne s’est occupé de gérer le cinéma au Maroc plus qu’il n’a géré que sa propre personne et tous les avantages inhérents.
En deuxième lieu, il faudrait souligner l’élément humain qui intervient dans la fabrication des films dont le parcours éclectique des uns et des autres annonce un enrichissement de l’exercice de la création cinématographique. Or, ce qui se passe souvent c’est que les professionnels, à force de jongler à la fois avec la gestion du produit de consommation commandé par la télévision et la gestion de l’oeuvre cinématographique censée venir d’un ailleurs créatif pour contribuer au patrimoine mondial, se trompent d’ancrage et subissent les mêmes travers de bâclage que le produit à consommation de masse destiné à la télévision.
Plus le professionnel de la télé et du cinéma est pressé par des agendas de cahiers de charge, moins sera abouti son travail à bout de course.
En troisième lieu, soulevons la question qui fâche le plus et qui est inhérente au nerf de la guerre et disons-le immédiatement. Tant qu’on produit des films à 3, 4, 5 millions de dirhams, sauf rare exception, qui est l’équivalent de l’argent de poche d’un comédien ou d’un réalisateur dans les pays où on respecte la contribution de chaque collaborateur à sa juste valeur, on ne fera pas de films qui iront dans les grands festivals et feront exploser le box-office dans le monde. Chaque producteur qui reçoit une maigre cagnotte se voit contraint de revoir à la baisse ses dépenses s’il ambitionne de boucler les deux bouts. Ceci déteint systématiquement sur la structure scénaristique, la première instance affectée par les ajustements de budget, remettant en cause tout le processus in fine. Halte donc à cette pratique qui ne fait que jeter les deniers publics par les fenêtres au lieu de faire de bons placements pour ces marchés publics qui passent par l’instance du Fonds d’aide à la production. Et pourquoi diable voudrait-on à tout prix produire une si grande quantité insipide de films lorsqu’on peut créer un minimum avec les qualités nécessaires. Après le Maroc encourage parfaitement l’initiative privée et on peut fabriquer autant de produits qu’on veut par ses fonds propres si on n’est pas convaincu de la différence de l’oeuvre cinématographique et sa sacralisation par rapport aux produits télé. En tout cas, cette situation de vouloir démultiplier le nombre de films de cinéma handicape au passage un certain nombre d’auteurs à faire leurs films.
Venons-en maintenant à ces dizaines de festivals qui foisonnent partout au Maroc. S’ils font oeuvre pédagogique de promotion du film en l’absence des salles de projection, parce que telle est leur mission aujourd’hui, et ce n’est pas rien, ils pêchent en même temps par leur faillite à constituer une plate-forme d’éclosion du cinéma national. Qui est ce festival au Maroc, y compris le FIFM, qui permet d’aider la création et la révélation de talents par des moyens alloués à cet effet?
Aucune manifestation aussi vieille soit-elle au Maroc ne prévoit de stratégie à même d’accompagner et d’aider à affiner des talents à venir. A la clôture des ces messes tout le monde vaque à d’autres occupations professionnelles. Car ce ne sont pas des professionnels dédiés qui en sont les instigateurs, mais des cinéphiles issus pour la majorité de ciné-clubs dont les animateurs relèvent d’autres secteurs d’activités. Aussi stratégiques et vitaux en termes d’apport culturel ces ciné-clubs sont sous utilisés par la profession pour mobiliser la masse et la sensibiliser aux questions de cinéma.
Je ne souhaite pas abonder dans la question de la distribution et de l’exploitation, car j’y trouve l’indicateur majeur du déclin du cinéma au Maroc. Et je refuse de voir en face cet épouvantail qui menace de déployer ses malheurs sur un secteur très fragilisé.
