Source importante de revenus et d’emplois pour les pays littoraux et même ceux traversés par de grands fleuves, la construction navale peut s’ériger en leitmotiv pour une économie nationale si les conditions pour son essor sont réunies.
Au Maroc, le Plan directeur pour le développement des infrastructures portuaires dédiées à l’industrie navale à l’horizon 2030 prévoit une série d’actions visant à doter le Royaume d’une infrastructure portuaire moderne, moteur de développement de l’industrie navale et acteur de positionnement du Maroc dans ce secteur au niveau régional.
À travers ce Plan, le Maroc cherche à assurer la réparation et la maintenance navales de la flotte nationale au niveau local et capter une part des marchés régionaux et internationaux, rendre le Maroc une référence régionale dans la construction des navires jusqu’à 120 mètres, développer de façon durable l’activité de démantèlement des navires et en faire une source importante et développer l’activité de construction de petites plateformes offshore et des modules de grandes plateformes destinés au marché africain.
Un Plan ambitieux qui semble être, au vu de la réalité du terrain, un fantasme à l’instar d’autres plans qui sont tombés à l’eau comme le tristement célèbre « Plan Azur ».
À Agadir, des investisseurs qui ont cru au potentiel du Maroc et ont même décliné des invitations à investir dans d’autres territoires, en ont pris plein les gencives. Leur activité est à l’arrêt à cause du treuil synchrolyft, indispensable pour déplacer les bateaux et qui fait partie d’un don japonais au Royaume, en panne depuis plusieurs mois.
Qui blâmer dans cette triste histoire ? Toutes les voix s’élèvent pour dénoncer l’Agence nationale des ports qui fait preuve d’un cynisme évident en laissant pour compte ces investisseurs qui voient chaque jour des affaires chiffrées en dizaines de milliers d’euros s’envoler vers d’autres horizons.
« L’Agence s’est détournée de ses missions principales que lui avait assigné Feu Hassan II. Aujourd’hui, elle joue le rôle d’une simple perception », déplore un professionnel de la place soulignant que l’ANP a été incapable d’assurer l’entretien du treuil qui a été offert par le Japon au Maroc.
Un autre professionnel nous a confié que le laxisme dont fait preuve l’ANP est inconcevable, rappelant au passage qu’un chantier naval peut employer plus de main d’oeuvre qu’un chantier de BTP étant donné qu’il abrite plusieurs activités telle la menuiserie, l’électricité, l’hydraulique, la soudure, l’électromécanique…
Et d’ajouter que certains armateurs marocains vont même faire leur réparation à Las Plamas ou à la péninsule Ibérique faute de place au Maroc avec tout ce que cela engendre en termes de sortie des devises.
Cette histoire de treuil en panne sème le doute sur la volonté des autorités de tutelle de mettre sur les rails les dispositions de la Vision 2030 pour la construction navale au Maroc, une Vision qui table sur un PIB issu de cette activité de 2270 millions de dirhams en 2030.