Plus de cent jours après les élections les plus disputées de l’histoire contemporaine de l’Espagne, les principaux partis du pays ibérique semblent toujours incapables de parvenir à un terrain d’entente pour constituer un gouvernement. Même la convocation de nouvelles élections ne semble pas non plus résoudre cette crise politique.
Après l’abstention du Parti populaire (PP) de former un gouvernement et l’incapacité du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) d’investir un cabinet présidé par son secrétaire général, Pedro Sanchez, l’Espagne fait face à une situation inédite, pour un pays habitué à être gouverné par des majorités souvent absolues.
L’échec de la réunion tenue jeudi dernier entre les leaders du PSOE, le parti de la gauche radicale Podemos et les centristes de Ciudadanos, peut rendre la convocation de nouvelles élections inévitable, et ce pour la première fois depuis l’instauration de la démocratie, pour tenter de sortir de cette impasse.
La clé pour mettre un terme à cette situation d’incertitude est, selon les observateurs, dans les mains des deux extrêmes, la droite représentée par le PP et la gauche radicale de Podemos, faute de quoi, toute tentative de formation d’un gouvernement est vouée à l’échec.
Le PP, la formation la plus votée lors des élections du 20 décembre dernier malgré sa courte victoire (129 sièges), se trouve pratiquement isolée par les autres partis, du fait que plusieurs de ses membres ont été éclaboussés par des affaires de corruption ces dernières années.
A l’opposé, se trouve Podemos, qui se présente comme un défenseur des classes populaires prônant la modernisation de la scène politique espagnole. Pour ce faire, il n’hésite pas à exprimer sa détermination à faire échouer tout cabinet formé par la « casta » ou l’ancienne classe politique espagnole.
Quant aux Socialistes et les libéraux de Ciudadanos, qui comptabilisent ensemble 130 sièges, très loin de la barre de la majorité absolue fixée à 176 députés, ils ont signé un accord où ils ont tracé les grands axes des politiques économique et sociale.
Aucune solution n’est donc en vue, en dépit des initiatives lancées par le chef de Ciudadanos, Albert Rivera, qui s’est dit prêt à se rapprocher du PP mais sans son chef Mariano Rajoy, qui, selon lui, « incarne la corruption institutionnalisée ».
L’option d’un gouvernement à gauche, qui doit passer forcément par une entente avec Podemos, ne paraît plus probable, car la formation anti-austérité a introduit des exigences inacceptables pour les autres partis, particulièrement la tenue d’un référendum d’autodétermination en Catalogne.
Même l’organisation d’un nouveau scrutin ne résoudrait pas le problème, puisque, selon les sondages réalisés par différents centres d’opinion espagnols, aucun parti n’obtiendra une majorité absolue l’habilitant à former un gouvernement, ce qui augure d’un panorama d’autant plus pessimiste.
Cette incertitude politique n’a pas tardé à avoir des effets négatifs sur la situation économique du pays, qui a vu récemment sa perspective se qualifier de négative par des agences de notation internationales, ce qui a conduit les patrons des principales entreprises du pays à exhorter les dirigeants des partis à se mettre d’accord pour trouver une issue à cette situation, d’autant plus que le gouvernement par intérim qui assume actuellement la gestion du pays dispose de compétences limitées, notamment au niveau législatif.
La seule source d’espoir pour la classe politique espagnole est que le scénario catalan se reproduise et que les différents acteurs parviennent à un compromis in extremis permettant d’investir un candidat avant le 2 mai prochain, délai établi par la Constitution espagnole pour l’investiture d’un gouvernement.