Le 29 février1960, 23h40. Agadir est secouée en pleine soirée ramadanesque par une secousse tellurique d’une magnitude de 5,7 sur l’échelle de Richter. Quinze petite secondes étaient suffisantes pour enterrer un tiers de la population, soit 15.000 personnes, et faire presque 25.000 autres blessés. « Agadir Oufella » a été entièrement rasée. Le port et la base navale, qui ont subi moins de dégâts, ont abrité les rescapés terrifiés et mal-en-point. C’est le tremblement de terre le plus dévastateur de l’histoire du Maroc.
L’épicentre du séisme a été situé juste en dessous de la ville. Il a creusé un sillon horizontal, allant du nord au sud sur plusieurs kilomètres en suivant la faille géologique qui borde le lit nord de l’oued Tildi et qui se jette dans la baie d’Agadir. Il s’agit d’un bilan aussi catastrophique que macabre qui allait bouleverser un chantier à peine entamé dans le sillage de l’Indépendance fraîchement acquise. Mais, c’était sans compter sur la puissance morale et la détermination des Marocains, habitués à ce genre de défis et mobilisés derrière un sultan tellement déterminé à forcer le destin et à braver l’impossible.
Ce sinistre cataclysme s’est produit dans la faille volcano-tectonique, nommée sud-atlasique, qui s’étend de la région de Figuig dans le sud-est jusqu’aux volcaniques Iles Canaries, en passant par Agadir. Dans cette zone, déjà secouée en 1731, l’effet meurtrier du séisme a été amplifié par de nombreuses ondes agissant tant horizontalement que verticalement, en raison d’un foyer sismique, dont l’épicentre se situait à 3 ou 4 km de profondeur.
Les quartiers les plus touchés étaient Talborjt, Ihchach et la Casbah. Situés le long de cette faille géologique, ils étaient les plus vulnérables à cause de leurs constructions traditionnelles et fragiles. L’ancienne ville n’a subi que 60 PC de dommages, avec ses édifices conçus en matériaux plus endurants et résistants. Inezgane, Taroudant, Essaouira ou encore Marrakech ont plus ou moins senti la secousse, mais sans gravité.
Au matin de cette funeste journée, on a organisé les secours. Une cellule de crise a été créée sous la présidence effective de feu SM Mohammed V en vue de mettre au jour un Haut-commissariat à la reconstruction d’Agadir (HCRA), confiée plus tard au prince héritier Moulay El Hassan. Aucun effort n’a été épargné. Chacun, conscient du devoir qui lui incombe, apporta son aide précieuse. Objectif: Redonner vie, comme il se doit, à cette belle mégapole si chère au cœur de tous.
Sur les débris des baraques de la cité de recasement d’Amsernat, Anza, Lakhyam et les trames des? »Abattoirs »‘ (quartier industriel), la ville a ressurgi des ruines sous l’égide du HCRA, avec à la clé de vastes chantiers (La Cité d’urgence, le nouvel Ihchach, le nouveau Talbordjt, le centre-ville,etc).
C’était un grand village où tout le monde se connait. Les anciennes familles sinistrées se côtoyaient avec les nouveaux-venus et dont la plupart sont des familles de fonctionnaires affectés à Agadir. La vie dans les quartiers s’écoulait agréablement. Malgré le deuil collectif, dans un vaste élan de solidarité, tout le monde a contribué à l’éducation des autres, surtout les petits. Tous les services étaient assurés convenablement (santé, enseignement, animation sportive, sûreté, administrations,…). Le tout favorisé par le rôle prépondérant joué par la ville, en tant que pôle stratégique du pays, après le recouvrement de la souveraineté nationale sur les provinces du Sud.
Plus d’un demi-siècle après, Agadir s’est grandement développée au point de devenir un hub avec ses infrastructures maritimes et aéroportuaires, ses richesses agricoles, ses atouts touristiques et son arrière-pays. Un centre-ville moderne a vu le jour, avec de grandes et magnifiques avenues, embellies de magasins, de services divers et d’infrastructures hôtelières d’une facture internationale.
Un musée a été créé à la mémoire de ce lugubre événement et de toutes ses victimes. La capitale du Souss peut se targuer, désormais, d’une station balnéaire de grande envergure, forte d’un port performant et de sa marina aux activités multiples, au grand plaisir de ses nombreux visiteurs passionnés de sable, de soleil, de bonne cuisine, ou en quête de détente et de délassement.
