Deux membres de la Commission Spéciale sur le Modèle de Développement ont réagi à l’arrestation du journliste Omar Radi, poursuivi pour « outrage à magistrat ».
L’Homme d’affaires et acteur associatif, Karim Tazi, estime dans une déclaration transmise à nos confrères de medias24 que « la poursuite engagée en état d’arrestation contre Omar Radi pour un délit d’opinion est un mauvais signal qu’il est urgent de corriger ».
« Notre pays ne peut faire l’économie d’une remise en cause majeure. De tels moments de transition sont évidemment sensibles et occasionnent nécessairement débordements et excès. A mon sentiment, la gestion de telles transitions devrait se faire par le traçage d’une ligne de démarcation claire entre ce qui relève du dialogue politique et ce qui mérite répression. Il est urgent que cette ligne devienne uniquement le recours à la violence, et que tout le reste soit catalogué comme liberté d’opinion à traiter par la féconde confrontation d’idées », a-t-il dit.
« Une opinion peut constituer un délit, entre autres lorsqu’elle fait l’apologie de crimes ou lorsqu’elle s’attaque à l’intimité des autres de manière illégitime. Dans le cas de la poursuite contre Omar Radi, et de manière générale, la diffamation des institutions ou des personnes doit relever du délit civil et en aucun cas ne donner lieu à des peines privatives de liberté. Enfin, le recours à la détention préventive contre un journaliste pour délit d’opinion est une décision hautement nuisible à l’image de pays en progrès vers la démocratie et les droits humains et d’une justice évoluant vers l’indépendance, la sérénité et l’efficience », a indiqué Tazi.
L’Écrivain, dramaturge et Directeur d’Economia, Driss Ksikes, estime pour sa part que l’emprisonnement de Omar Radi est « malvenu ».
« Omar Radi, journaliste talentueux et critique, a voulu prévenir contre le retour à une logique de répression arbitraire d’activistes par la voie judiciaire. L’expression de sa colèrepar un tweet lui vaut aujourd’hui une poursuite par le parquet et un emprisonnement temporaire malvenu », a écrit Ksikes sur sa page Facebook.
« Nous avons besoin depuis longtemps déjà, et aujourd’hui plus que jamais, de décrispation de l’espace public, d’un Etat de droit, serein, mature et juste, pour que nous puissions espérer aller de l’avant », a-t-il ajouté.
Omar Radi a été, pour rappel, auditionné à la Brigade nationale de la police judiciaire hier jeudi 26 décembre 2019. Il a été inculpé d’outrage à magistrat et déféré devant le tribunal le même jour.
Au cours de cette première audience, qui s’est déroulée devant le tribunal de première instance de Casablanca, ses avocats ont demandé sa remise en liberté provisoire. Une requête rejetée par le tribunal. La prochaine audience a été fixée au 2 janvier.
Le journaliste est jugé en vertu de l’article 263 du Code pénal. Cette disposition punit d’un mois à un an de prison « l’outrage à magistrat », selon son avocat Me Benhammami.
Selon sa défense, Radi, âgé de 33 ans, est poursuivi pour un tweet publié en avril 2019. Il y fustigeait le verdict d’un magistrat contre des membres du Hirak du Rif. Un juge de la Cour d’appel de Casablanca avait alors confirmé des peines allant jusqu’à vingt ans d’emprisonnement de 42 membres du Hirak.
« Lahcen Talfi, juge de la cour d’appel, bourreau de nos frères, souvenons-nous bien de lui. Dans beaucoup de régimes, les petits bras comme lui sont revenus supplier après en prétendant ‘avoir exécuté des ordres’. Ni oubli ni pardon avec ces fonctionnaires sans dignité ! », avait-il écrit dans son tweet.