Pour guider la « Puce » Lionel Messi, Barcelone a choisi la « Fourmi » Ernesto Valverde: après quatre ans à Bilbao, l’Espagnol a été nommé lundi entraîneur du Barça pour les deux prochaines saisons, avec l’objectif de reconstruire une équipe catalane en fin de cycle.
Surnommé « Txingurri » (la fourmi, en basque), Valverde est un ancien joueur blaugrana et un technicien réputé en Espagne, prêt à assumer la lourde succession de Luis Enrique. Mais sa notoriété est moindre sur la scène européenne, où il va devoir ramener le Barça au sommet.
« J’ai parlé avec Valverde. Il est très heureux et très enthousiaste face à ce défi passionnant », a déclaré à la presse le président barcelonais Josep Maria Bartomeu après ratification de cette nomination par le comité directeur.
« C’est un entraîneur compétent, qui a du discernement, des connaissances, de l’expérience », a-t-il fait valoir, précisant que sa présentation aurait lieu jeudi.
Passé par Bilbao, Valence, Villarreal, l’Olympiakos Le Pirée ou l’Espanyol, l’autre club de Barcelone, le technicien revient en Catalogne à un moment charnière: il succède à Luis Enrique, parti de lui-même après neuf trophées sur 13 possibles en trois saisons.
Fort caractère, âgé de 53 ans, Valverde va devoir remettre d’aplomb un effectif vieillissant où les stars Lionel Messi, Luis Suarez, Gerard Piqué ou Andres Iniesta approchent ou dépassent la trentaine.
Si le Barça est allé le chercher, c’est parce qu’il connaît la maison. En deux saisons sous le maillot blaugrana (1988-1990), le petit attaquant a beaucoup appris sous les ordres de feu Johan Cruyff, référence indépassable de l’identité de jeu catalane.
Mais l’option Valverde s’est aussi imposée parce que l’entraîneur a fait des merveilles avec le club de Bilbao, dont le recrutement est limité aux joueurs nés ou formés au Pays basque.
Sous sa direction (2003-2005 puis 2013-2017), cette équipe du cru a brillé ces quatre dernières années, avec une qualification pour la Ligue des champions et trois pour l’Europa League.
En outre, ce passionné de photographie a déployé un jeu intense et séduisant, proche des critères esthétiques en vigueur au Camp Nou.
Et il a lancé beaucoup de jeunes pousses… à l’inverse de Luis Enrique. En trois saisons (2014-2017), ce dernier a certes fait de Barcelone une équipe moins prévisible mais il a été critiqué pour son penchant pour la contre-attaque, loin des canons stylistiques du Barça.
Avec Valverde, on pourrait donc assister à un recentrage vers le jeu de possession et vers la « Masia », le célèbre centre de formation catalan.
« C’est un amoureux des catégories de jeunes, il a le style et la manière de travailler de ce club. Sa philosophie de jeu et son fonctionnement sont similaires à ceux du Barça », a commenté Bartomeu.
L’inconnue, pour Valverde, réside dans sa gestion des stars de l’effectif. Saura-t-il imposer du repos à l’indéboulonnable trio offensif « MSN » (Messi-Suarez-Neymar) ? Parviendra-t-il à refaire triompher le sacro-saint jeu de passes du Barça, qui montre des signes d’essoufflement après une décennie glorieuse ?
Né en Estrémadure (sud-ouest de l’Espagne) mais arrivé très jeune au Pays basque, l’Espagnol n’a pas été lui-même une grande star au Barça, à l’inverse de ses prédécesseurs Pep Guardiola (2008-2012) ou Luis Enrique, anciens capitaines.
Attaquant de poche, cet éphémère international (1 sél.) était surnommé « Txingurri » par l’ancien sélectionneur espagnol Javier Clemente à cause de sa taille. Ce surnom décrit bien un technicien travailleur, considéré comme ferme mais ouvert au dialogue. Devant la presse, ce communiquant austère manie l’ironie avec un débit de mitraillette.
Son passé à l’Espanyol, voisin honni du Barça, lui sera vite reproché si les résultats ne suivent pas. Et son palmarès d’entraîneur n’est pas très garni, avec trois titres de champion de Grèce, une finale de Coupe de l’UEFA perdue en 2007 et une Supercoupe d’Espagne glanée avec Bilbao… face au Barça en 2015 (4-0, 1-1).
Voilà « La Fourmi » à la tête du géant catalan, pour le plus grand défi de sa carrière d’entraîneur. Et comme n’importe quelle fable, reste à connaître la morale de l’histoire.
