Culture

Cinq questions à Rachida Rouki, secrétaire générale du Réseau de la lecture au Maroc

Invitée du concept, Face à la MAP, Mme Rachida Rouki, secrétaire générale du réseau de la lecture au Maroc, met la lumière sur la réalité de cette activité au Maroc et les moyens mis en œuvre pour surmonter la crise de la lecture.

1. Quelle est votre évaluation de la réalité de la lecture au Maroc, et quelle est son importance pour ce qui est de l’auto-développement et du développement communautaire?

Le Maroc vit évidemment une crise de connaissance et de lecture, de l’aveu même des responsables, qui reconnaissent l’existence d’une crise dans l’éducation et la lecture, joignant ainsi leur voix à celle de la société civile.

Sur le rôle de la lecture au niveau de l’individu et de la société, le réseau la lecture au Maroc juge nécessaire de vivre dans une société ouverte à la connaissance et à la créativité, accessibles uniquement à travers la lecture et la capacité de l’auto-formation. Les curricula, quoique importants, doivent développer chez chaque individu la capacité du savoir et de la recherche.

Nous vivons dans un monde en mutation rapide et permanente que les programmes scolaires sont incapables de suivre. Il est donc indispensable pour l’individu d’avoir une capacité d’adaptation au savoir et de l’acquérir de manière autonome, laquelle capacité ne peut être acquise qu’à travers une lecture touche-à-tout et ouverte sur la connaissance.

2. Quel est le bilan de l’effort du Réseau marocain de la lecture pour surmonter la crise de la lecture?

Le réseau, qui se compose de plusieurs associations et dispose de d’annexes dans tout le Maroc, est parvenu à créer une société civile active bénéficiant de nombreux partenariats avec des académies régionales d’éducation et de formation, ainsi qu’avec le ministère de la Culture et d’autres partenaires.

Le réseau ne peut, à lui seul, résoudre la crise de la lecture. Les partenaires gouvernementaux doivent y contribuer. Le rôle du réseau, à travers ses associations, est de sensibiliser la société à l’importance de la lecture, faisant d’elle un sujet d’actualité dans les médias, qui doivent contribuer à la résolution de cette crise, accompagnés dans cela par la société civile.

Le réseau joue également un rôle clé dans la formation de l’enseignant, pierre angulaire de tout changement, tant dans le système éducatif que dans la société, puisque le rôle de l’enseignant est crucial dans l’accès au savoir et la consolidation de la lecture dans la société.

En effet, le réseau a réalisé d’importants objectifs dans ce domaine. Il s’adresse aux enfants et aux jeunes, mais aussi à l’enseignant par le biais de sessions de formation et de motivation au profit des enseignants. En outre, la présence du réseau à l’échelle nationale a redonné l’espoir aux enseignants quant à la possibilité de changement et d’atteinte des objectifs au sujet de la lecture.

3. En tant que partie intégrante de la société civile, quelles sont vos suggestions et vos recommandations aux autorités concernées pour encourager les jeunes à la lecture quotidienne comme acte d’épanouissement et d’acquisition des valeurs de citoyenneté?

Il existe plusieurs expériences dans le monde qui confirment que le progrès est possible en présence d’une volonté réelle, par conséquent, les autorités de tutelle devront faire preuve d’une réelle volonté pour le développement et le changement. Le ministère de l’Education nationale, en tant que une des autorités concernées par la lutte contre crise de la lecture, doit œuvrer à la promotion du système éducatif pour que l’école puisse s’acquitter de son rôle principal en matière de développement global. L’école est, en effet, un espace de développement de la patrie.

Lorsqu’il y a de la volonté, plusieurs éléments sont mis à disposition, à leur tête la promotion des bibliothèques. Le ministère reconnait sa responsabilité dans l’échec de la bibliothèque scolaire à faire du livre un compagnon de l’élève. Et si nous voulons atteindre cet objectif, chaque école doit disposer d’une bibliothèque jouant un rôle prépondérant dans le processus d’apprentissage et qui dispose de vraies caractéristiques de la bibliothèque  et ne joue pas un simple rôle de figuration. Aussi, les programmes scolaires doivent inciter à la lecture et proposer des textes qui développent le sens esthétique, littéraire et poétique chez les élèves.

Le ministère de la culture, étant également une autorité de tutelle pour le développement de la lecture, a la responsabilité, tout aussi importante, de faire développer la lecture à travers l’animation des bibliothèques publiques et la promotion du livre dans la société.

Ce département doit être présent, en partenariat avec les médias, pour faire la promotion du livre de manière générale, et pour élaborer des programmes importants et diversifiés sur les nouveautés dans les domaines de l’édition, la publication, les livres, les auteurs et les lecteurs, qui sont les meilleurs ambassadeurs de la promotion de la lecture.

4. Le prix national de la lecture est à sa 6è édition, comment évaluez-vous le bilan de cette initiative ?

Nous estimons qu’il s’agit d’une initiative positive. L’on enregistre, en général, une évolution en termes de nombre et en termes d’adhérents ainsi qu’en termes de l’intérêt suscité par ce prix. Plusieurs supports médiatiques, partenaires et institutions suivent cette manifestation. En effet, la remise du prix a été l’une des activités les plus importantes de la 26è édition du Salon international de l’édition et du livre (SIEL), organisé le mois dernier à Casablanca.

De plus, le réseau de la lecture au Maroc célèbre non seulement les lecteurs, mais aussi les clubs de lecture qui se font concurrence. Dans le cadre de la compétition des clubs, un hommage est rendu aux professeurs qui ont pris des initiatives remarquables dans leurs institutions, constituant ainsi un modèle pour d’autres clubs pour veiller à instiller l’amour de la lecture dans les établissements d’enseignement.

5. Quel rôle les maisons d’édition devraient-elles jouer pour surmonter la crise de la lecture ? Dans quelle mesure le SIEL contribue-t-il à rapprocher le livre du lecteur, en particulier des jeunes ?

Les maisons d’édition jouent un rôle primordial en ce qui concerne l’édition, l’impression et la commercialisation des livres, de même qu’elles participent à l’habilitation intellectuelle de la société marocaine, à travers l’organisation de débats et de conférences. Pour promouvoir le livre, il faut aussi favoriser la réflexion et le dialogue. C’est pourquoi les maisons d’édition doivent proposer des dates régulières et fortes pour les débat intellectuel. Elle devraient également établir des relations professionnelles avec les auteurs, stimuler la publication et offrir des prix dans le domaine de la publication, dédiés particulièrement aux enfants, dans le but de préparer les lecteurs de demain.

Le SIEL joue, quant à lui, un rôle charnière en tant que l’une des échéances culturelles les plus importantes au Maroc. Durant ce rendez-vous, les maisons d’édition devraient se concentrer, au delà du côté commercial, sur son rôle culturel, à travers la promotion et l’encouragement des écrivains et de la lecture au Maroc.

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