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Covid-19: Trois questions à Leila Farah Mokaddem

La représentante résidente de la Banque africaine de développement (BAD) au Maroc, Leila Farah Mokaddem, livre donne son analyse de la dynamique de développement tous azimuts que connaît le Maroc durant ces dernières décennies, et revient sur la coopération qui date depuis plus d’un demi-siècle entre le Royaume et cette institution financière.

Durant ces dernières décennies, le Maroc a engagé bon nombre de chantiers de développement. Quelle est votre appréciation de cette dynamique ?

Une ambition, une vision et des résultats. Voilà l’esprit qui anime l’action de développement au Maroc impulsée par  le Roi Mohammed VI. Le Maroc a su renforcer son attractivité, favoriser son émergence et consolider sa résilience.

L’attractivité avec un réseau d’infrastructures de classe mondiale. Que ce soit le complexe solaire Noor ou encore le port de Tanger Med en passant par le déploiement du TGV, le Royaume du Maroc est sur la voie de l’émergence. Cette émergence est le fruit de stratégies sectorielles ambitieuses, d’une diversification productive amorcée et d’un environnement des affaires qui s’améliore.

Le Maroc a su renforcer son intégration dans les chaînes de valeur industrielles mondiales. Il a pu développer un avantage comparatif dans des secteurs de pointe tels que l’automobile, l’aéronautique ou encore l’électronique, pour ne citer que ceux-là.  Depuis 2017, la BAD soutient le plan d’accélération industrielle du Royaume à hauteur de 430 millions d’euros (M€). Nous appuyons également sa montée en puissance dans les chaînes de valeur agricoles où nous avons apporté un financement de 200 M€. Nous accordons ainsi une attention particulière au développement des agropôles et l’appui aux jeunes entrepreneurs agricoles.

Et la résilience en est le résultat: le Maroc a enregistré une croissance soutenue sur la dernière décennie de 3 à 4%. Consolidation budgétaire, accélération des réformes fiscales et rationalisation des dépenses publiques avec une mobilisation importante des recettes fiscales, ce sont là les éléments qui ont favorisé la bonne tenue des fondamentaux et consolidé la résilience de l’économie marocaine, nécessaires en ces temps de crise.

Comment voyez-vous l’engagement du Royaume en faveur de l’intégration régionale en Afrique?

Le Maroc, c’est aussi un pays qui fait du continent africain une de ses plus grandes priorités. Le Royaume figure parmi les premiers investisseurs sur le continent où il est engagé dans une véritable dynamique d’intégration économique, commerciale et financière.

Afin de promouvoir la relance et réussir la sortie de crise, nous appuyons, dans cette perspective, les entreprises industrielles et exportatrices qui s’orientent vers le continent afin de créer des champions africains qui pourront pleinement tirer profit de la Zone de libre-échange continentale africaine.

Votre partenariat avec le Royaume y a contribué. Pourriez-vous nous donner un aperçu de cette coopération qui date depuis plus d’un demi-siècle ?

Le Maroc est un pays avec lequel nous entretenons d’excellentes relations depuis plus de cinquante ans. Avec près de 170 opérations pour un engagement total de plus de 10 milliards de dollars américains dans divers secteurs stratégiques, le Royaume est un partenaire clé de la Banque. Ne serait-ce que ces huit derniers mois, cinq nouvelles opérations ont vu le jour pour plus de 1,1 milliards de dollars de financement.

La dernière opération en date de 264 millions d’euros vise à aider le pays dans sa riposte sanitaire et économique face à la pandémie du nouveau coronavirus (covid-19). Nous appuyons ainsi les efforts du gouvernement pour renforcer le processus de dépistage et préserver des effets de la crise 4,3 millions de ménages du secteur informel et 800 000 salariés affiliés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Par le biais de ces mesures, nous nous attendons à préserver 75% des emplois affectés par la crise.

Plus de 200 millions de dollars soutiendront le renforcement et l’élargissement de la protection sociale au Maroc. Cela permettra d’étendre la couverture sociale aux personnes en situation de handicap, aux enfants et aux femmes vulnérables. L’objectif est de passer d’un taux de couverture d’assurance maladie obligatoire d’environ 60% de la population en 2018 à plus de 80% en 2023. On en voit bien l’importance en ce moment de crise sanitaire.

Par ailleurs, 245 millions d’euros ont été mobilisés pour financer le programme de développement des réseaux de transport d’électricité et d’électrification rurale. Là aussi, l’objectif est de raccorder au réseau électrique plus de 16.000 ménages, répartis dans 720 villages à travers le royaume.

Par Hicham Louraoui

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