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D’Alger à Beyrouth, les mouvements de protestations se font écho

Au-delà du drapeau algérien brandi par certains des manifestants libanais, c’est la similitude des revendications politiques du Maghreb au Moyen-Orient qui est mise en exergue.

De Beyrouth à Barcelone, en passant par Gaza et Tunis, et bien évidemment Alger, le drapeau algérien est brandi comme un étendard révolutionnaire. « On dirait que le drapeau algérien est en train de remplacer les portraits de Che Guevara dans les manifestations au-delà de l’Algérie », commente Halim, 44 ans, gérant d’un commerce au centre-ville d’Alger en ce samedi de lendemain de manifestation. Il a suivi toute la nuit les images de la révolte des Libanais, sortis en force pour dénoncer les mesures d’austérité et la politique du gouvernement de Saad Hariri.

Comme lui, beaucoup d’Algériens ont remarqué la présence de quelques drapeaux algériens, notamment à Saïda et Nabatieh, Beyrouth ou Tripoli, aux côtés du drapeau libanais durant les 72 dernières heures des manifestations du pays du Cèdre. « Quelque part, les manifestations en Algérie sont une source d’inspiration pour nous, les Libanais », atteste Ghassan, Libanais marié à une Algérienne, vivant à Alger depuis 2007. Ce patron d’une usine d’agroalimentaire reste branché sur les messages WhatsApp en provenance de chez lui à Tripoli, dans le nord du Liban. « Le pacifisme et la fraternisation avec l’armée me font beaucoup penser à ce qui se passe ici depuis février », poursuit-il. Lui, il a remarqué la présence du drapeau algérien dans certaines images des chaînes d’info libanaises : « L’Algérie a une place particulière chez nous, la lutte contre le colonialisme, sa position envers la Palestine, son aide durant la guerre civile libanaise [1975-1990] ».

Les Algérois suivent avec attention le mouvement de protestation libanais…

« En Algérie, les manifestants ont démontré leur unité et leur amour de leur pays en brandissant leur drapeau, au Liban, aujourd’hui, il n’y a aucun drapeau confessionnel ou partisan dans les manifestations, du sud au nord du Liban : je vois un parallèle entre les deux phénomènes, les Algériens et les Libanais sortent manifester comme un seul peuple, loin de toute division, c’est très émouvant », estime Ghassan en montrant affichée sur son smartphone une photo de marée humaine à la place En-Nour à Tripoli, sa ville natale, saturée d’emblèmes libanais de toutes les tailles. « Les Libanais aiment la vie, c’est un peuple joyeux, regardez ce qu’ils font pendant les manifestations : ils chantent et ils dansent. Mais il ne faut pas trop les pousser… La situation empire chez nous, à chaque voyage chez moi, deux fois par an, je vois s’aggraver les inégalités sociales et le pays se vide de sa jeunesse qui part ailleurs », regrette Ghassan. Djamil, lui, est étudiant et participe à toutes les manifestations d’étudiants du mardi depuis février dernier à Alger, malgré les dernières vagues d’interpellations inquiétantes que mène la police. L’étudiant, originaire d’Oran, affirme suivre le mouvement de protestation libanais et tente même de créer des liens avec des syndicats étudiants au Liban. « La jeunesse libanaise vit les mêmes problèmes que la jeunesse algérienne et a soif de justice sociale, dit le jeune militant. Leur pacifisme et leur civisme triompheront contre la corruption et l’injustice, comme ici. » Plus du quart de la population libanaise vit sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale.

… qui semble s’être inspiré de ce qui s’est passé en Algérie

Djamil tient à nous montrer les photos glanées sur les réseaux sociaux montrant de jeunes Libanais nettoyant les rues après les manifestations. « Oui, j’ai vu des images du drapeau algérien dans certaines manifestations et cela nous remplit de fierté. Le hirak algérien est devenu un exemple par sa détermination et son civisme », s’enthousiasme Djamil. Il souligne que, à l’instar de leurs homologues algériens, des activistes libanais s’organisent depuis trois jours en groupes de secours, de logistique, d’information… « Les gens ont compris qu’ils doivent prendre leur destin en main, qu’il faut le faire réellement, en s’auto-organisant, en faisant des ruptures avec les gouvernements qui n’arrivent pas à régler les problèmes de tous les jours », appuie le jeune étudiant en histoire.
Guerre civile : ce fait d’histoire partagé

Pacifisme. Car surtout, comme le rappelle Ghassan, les deux pays, l’Algérie et le Liban, ont vécu les affres de la guerre civile, de la guerre intérieure qui a multiplié traumas et inhibitions. Le mouvement populaire du 22 février en Algérie, qui a réussi à faire tomber le système Bouteflika, a permis de dépasser ces traumas. « C’est le débit de la décennie blanche », nous expliquait une étudiante de Sidi Bel Abbès (Ouest) rencontrée durant une manifestation, en opposition à la décennie noire des années 1990 en Algérie et son lot d’horreur et de massacres. Au Liban, les manifestants s’insurgent aussi contre une classe politique et dirigeante dont beaucoup ont été les seigneurs de la guerre durant le conflit interne. « La guerre civile est finie », titre une publication sur les réseaux sociaux, affichant un montage photo d’une scène de la guerre civile libanaise où une femme crie en ouvrant les bras sur fond d’attentat et une autre scène où une Libanaise ouvre les bras dans un mouvement de danse sur fond des manifestations actuelles. Du coup, on ne s’étonnera pas de voir le drapeau libanais présent lors du 36e vendredi de manifestation en Algérie.

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