Le gouvernement socialiste, qui défend des positions abolitionnistes, est embarrassé par cette tentative d’organisation, dans un pays où la prostitution n’est ni réglementée ni punie.
«On m’a mis un goal dans la lucarne », a avoué la ministre espagnole du travail, Magdalena Valerio, le 30 août. Elle venait d’apprendre que le Bulletin officiel de l’Etat (BOE) avait publié, à son insu, les statuts d’un nouveau syndicat : Otras (Les autres), destiné à défendre les droits des travailleuses du sexe.
La métaphore footballistique n’a pas atténué la polémique. La procédure avait été validée par son propre ministère. Le 3 septembre, la directrice générale du travail a donc démissionné, assumant seule la responsabilité de ce couac. Et le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, aux positions abolitionnistes, a aussitôt annoncé son intention d’annuler cette inscription au BOE.
Depuis, le débat est lancé en Espagne. Est-il possible de créer un syndicat autour d’une activité située en marge des lois et associée majoritairement à la traite d’êtres humains ? Les avis divergent. Les partis doutent. Les syndicats se divisent.
« L’idée que les putes s’organisent emmerde »
Très critique, l’Union générale du travail (UGT) estime que ce syndicat risque « de normaliser une forme de commerce dans lequel la marchandise est le corps des êtres humains ». Plus ambiguës, les Commissions ouvrières (CCOO) ont demandé « une réflexion collective sur la situation légale et personnelle des milliers de femmes et d’hommes concernés ». Véhémente, la section catalane de la Confédération générale du travail (CGT) a défendu « la régulation du travail sexuel » pour mettre fin à « l’économie souterraine, aux prix abusifs pour avoir un poste de travail et aux agressions institutionnelles ».