Par Saoudi El Amalki
La crise pandémique a affecté tous les secteurs socio-économiques du pays, durant ces trois derniers mois. Il est bien clair que son impact à priori nocif, se fait ressentir à mesure que l’on se déconfine, à petits pas. On s’attelle à y remédier autant que faire se peut, dans les multiples domaines de la vie active. Les essais de relance sont d’ores et déjà, tentés par-ci, par-ci, non sans grande peine.
Le secteur du transport aérien semblait être dans la souffrance avant l’épidémie, mais s’amplifie davantage, en ces temps et, à fortiori, s’intensifiera encore plus dans l’avenir. A ce rythme, la compagnie nationale aérienne a rendu public un plan d’extrême austérité qu’elle aura soumis à l’exécutif afin de se faire subventionner pour une énième de fois. Mais, cette assistance financière est assujettie au fait de revoir à la baisse les coûts de production tout en sachant que l’activité commerciale de la flotte ne dépasserait pas 50 % pour les trois prochains ans. Ce serait une mesure qui aurait prétexté la survie d’une entreprise agonisante, par le biais des largesses du fonds consacré aux sévices du Covid 19. Or, il s’est déjà avéré, depuis fort longtemps, que la gouvernance lui faisait cruellement défaut. Ce ne serait, en effet, que « verser de l’eau sur du sable ! », comme dirait le dicton de chez nous, puisque le hic de la société nationale se trouve bien ailleurs.
Il est évident que dans le sillage du calvaire dont souffre le secteur de l’aviation civile, à travers le monde, à la suite de la crise épidémique, il est procédé à l’abandon systématique de 30% sur 59 appareils de la flotte nationale en service. En plus de 30% du personnel acculé au départ volontaire, ainsi que l’annulation des vols internationaux, en particulier récents qui ne portent pas. Il est donc question de se passer de vingt avions pour espérer atténuer les dépenses, en attendant de les vendre une fois que le marché de l’aviation se rétablit au post-Corona. Encore fait-il trouver des acquéreurs pour ce faire, au moment où tout le monde est en difficulté ! De même, il s’est agi de 1446 de licenciés sur un total de 4400 salariés que comptent les filiales, alors que la société-mère totalise plus de 2900 employés dont 960 seront remerciés, notamment les cadres navigants, les stewards, les hôtes et hôtesses… Le limogeage aura également compris les agents d’Atlas Multi Services, propriété de la RAM et les succursales, tels que Handling et Sous-traitance.
Ces mesures marquées de rigorisme béat épargneraient, sans doute, les salaires astronomiques qui « engloutissent » les caisses piquées de la compagnie, sans rendement soutenable en contrepartie. On parierait un sou troué si la compagnie aurait le culot de divulguer en public les listes des commis congédiés ! Il n’en est pas non plus, moins évident que cet acte frugal du transporteur national est en passe de réduire le taux de passagers à deux millions au lieu de huit, par an pour cause de la pandémie. Ce qui, à coup sûr, influerait sur les ressources humaines d’autres services liés aux dessertes, comme « servair », chargé de la restauration à bord. En fait, ces démarches seront mises en application progressivement, à commencer par les départs volontaires proches de la retraite et suivi d’autres selon les déficits enregistrés.
Compte tenu de cet état chronique de la compagnie nationale qui, en fait ne date pas d’aujourd’hui, la seule et une unique option serait de déposer le bilan. Il est inadmissible que l’Etat injecte, à chaque fois, des fonds du contribuable pour une compagnie en faillite permanente ! Il importerait dans ce cas d’espèce de solder tout le personnel dont la majeure partie est sous-employée. Ensuite, l’Etat ferait mieux de recréer un nouveau pavillon national qui puisse honorer la nation, racheter les actifs de l’ex RAM après l’avoir baptisé sous un sigle, gardant le nom sacré du Souverain. De nouveaux contrats seront ensuite passés conformément aux conditions actuelles de l’aérien, après avoir assaini les reliquats de l’ancienne expérience. Mais, aurait-on l’audace de s’y engager en vue de mettre fin à cette hémorragie qui fragilise un secteur de haute vitalité commerciale et touristique ? Avec un législatif « faiblard » tel que ce dont on dispose aujourd’hui, personne n’oserait toucher aux intérêts des « barons du ciel », sauf une intervention Royale qui donnerait les Hautes Instructions de constituer une nouvelle compagnie, au service de la Nation.
Enfin, on croit bien savoir qu’une réunion s’est déroulée, jeudi dernier, entre les décideurs de la compagnie et les différents partenaires pour trouver des issues de sortie de la crise, sur fond de scénarios suggérés à cet effet. Il est donc question de « la réduction de la flotte, de la fermeture de certaines représentations, du rabais de l’effectif de 858 salariés, toutes catégories confondues, du plan de départ volontaire en faveur du personnel ayant plus de 57 ans avec 15 ans d’ancienneté sous réserve approbation de la hiérarchie et dont les conditions sont toujours en négociations ». Il ne fait pas de doute que les pourparlers aboutiront à une issue caduque qui ne ferait que prolonger la crise. Il n’en demeure pas moins vrai que la Coronavirus qui sévit dans le royaume serait bel et bien une occasion pour mettre en fonction une solution radicale pour de bon, ayant trait à la création un nouveau pavillon national en bonne et due forme, tel que précédemment mentionné. Cela permet la refonte d’un secteur fort, loyal, compétitif, performant où seule la compétence est de mise, loin de la rente, de l’assistanat et de la complaisance. L’économie national en aura grand besoin, à l’aune de la libération du ciel et les exigences de la prééminence de l’offre aérienne.
Le modèle économique de la RAM est obsolète qu’on ne peut moderniser avec des agents d’une autre époque avec les salaires et les avantages d’une autre époque ! Le vers est bien dans le fruit. La RAM devrait disparaître pour renaître sous une forme économiquement viable. Les mêmes causes ne produisent que les mêmes effets . Depuis 20 ans la RAM ingurgite 1MD de dh tous les quatre et rien n’y fait. Sa situation une fois l’argent consommé retourne à la case de départ. La preuve que la cause n’est pas une question de moyens mais de modèle économique et de gouvernance.