« La conjoncture actuelle n’est pas rose pour la RAM qui a d’ailleurs gelé tous ses achats éventuels d’avions pour 2020 voir pour 2021 », déclare d’un ton pessimiste une source proche de la compagnie publique.
Les locations d’avions vont faire exploser les charges
Selon cette source, l’interdiction quasi-mondiale de faire voler les Boeing 737 Max après les deux accidents successifs de ce modèle d’avion (Ethiopian Airlines et Lion Air) a complètement bouleversé les prévisions financières de la compagnie qui tablaient sur les recettes de ses 4 avions.
« La RAM possède 2 Boeing Max et en a commandé 2 autres qui devaient être livrés à la fin du 1er trimestre. Ainsi, dans notre business-plan, nous avions prévu que les quatre avions seraient affectés à de nouvelles ouvertures et à des renforcements de liaisons existantes, en particulier moyen-courrier.
« Après le dernier accident d’Ethiopian Airlines, nous avons été les premiers à immobiliser les deux unités opérationnelles et à refuser la livraison des 2 autres qui présentent des risques de décrochage.
« sachant que nous avions prévu que ces 4 machines seraient injectées dans notre flotte pour respecter nos engagements, nous nous sommes retrouvés obligés de louer des avions pour les remplacer à savoir des Airbus A320 et des Boeing 737 avec leur propre équipage.
« Avec 500 Boeing Max cloués au sol, le marché de la location qui est déjà très sollicité en été est en situation de quasi-pénurie avec des compagnies nombreuses à chercher des avions de remplacement.
« La demande étant bien plus importante que l’offre existante, la RAM a donc dû payer au prix fort les 4 avions loués sans compter ceux qu’elle loue habituellement en été pour satisfaire une demande en forte hausse sur certaines destinations très fréquentées.
« Entre frais de parking, d’entretien… des avions immobilisés et les dépenses imprévues dans notre bilan prévisionnel pour louer les 4 unités qui étaient programmées et annoncées au public, la RAM va donc avoir des charges bien plus importantes que celles estimées dans son business plan.
Des recettes en forte baisse à cause d’une concurrence qui casse les prix
« De plus, elle va devoir faire face à un effet ciseau à cause de recettes en baisse car les prix des billets des vols moyen et long-courriers, toutes compagnies confondues, ont baissé de 7%.
« Cette baisse s’explique par la suroffre de vols qui existe au niveau mondial et qui touche aussi le Maroc. Ainsi, toutes les compagnies qui ont des vols entre la Turquie et le Royaume ont doublé leur nombre de rotations car avant cela, les avions étaient pleins avec une forte demande.
« Idem pour Paris que la compagnie Transavia s’est mise à desservir à partir de Rabat en baissant fortement les prix, ce qui a obligé la RAM à s’aligner et donc à percevoir des recettes en forte baisse.
« La RAM qui traverse une situation difficile avec des dépenses imprévues et des recettes qui ne suivent pas a d’ailleurs gelé tout achat éventuel de nouveaux avions en 2020 voire même en 2021.
« Les pertes constitueront un handicap très fort au moment de la clôture des comptes fin octobre prochain », révèle cette source qui n’exclut pas un résultat net déficitaire en rajoutant espérer que Boeing l’indemnisera pour les pertes dues à l’immobilisation des quatre 737 Max.