Vagues de chaleur, tempêtes, cyclones tropicaux : face à des particuliers et des professionnels de plus en plus « exigeants », le « défi » pour les météorologues est de fournir, d’ici à dix ans, des prévisions nettement plus précoces et plus fiables.
La multiplication des tempêtes et des périodes de canicule « rend encore plus crucial le fait que nous soyons bien préparés, que nous prévoyions ces événements bien longtemps à l’avance », explique Florence Rabier, directrice générale du Centre européen de prévision météorologique à moyen terme (CEPMMT).
Cette organisation intergouvernementale, créée en 1975 et qui regroupe 34 États, principalement européens, entend « pousser les frontières de la prévision numérique, en particulier dans le temps », a-t-elle rappelé jeudi, au cours d’une conférence de presse conjointe avec Météo-France.
A l’époque de la création du CEPMMT, « on savait prévoir le temps qu’il ferait un jour, deux jours peut-être à l’avance, si on avait un peu de chance », rappelle Mme Rabier.
« Maintenant, on a toute une catégorie d’utilisateurs professionnels qui sont de plus en plus exigeants », relève Jean-Marie Carrière, directeur des services météorologiques à Météo-France.
Les secteurs de l’agriculture, des transports terrestres, du rail, des BTP, de l’énergie – notamment l’éolien et le photovoltaïque – sont très demandeurs de prévisions de plus en plus précoces et précises.
Dans une « feuille de route jusqu’à 2025 », le CEPMMT s’est lancé plusieurs « grands défis », explique Mme Rabier.
Le premier concerne les événements « à fort impact », comme les tempêtes, les cyclones tropicaux, les inondations.
« On veut pousser les limites jusqu’à les prévoir environ dix jours à l’avance », contre sept en moyenne actuellement, indique-t-elle.
« Gagner trois jours en dix ans, c’est un défi » parce que jusqu’à présent, « en moyenne, on s’est amélioré d’un jour par décennie, c’est-à-dire que la prévision à cinq jours aujourd’hui est de la même qualité que celle à quatre jours il y a dix ans ».
Autre défi, prévoir des phénomènes comme les vagues de chaleur qui s’installent pour quelques semaines.
Les prévisionnistes veulent les prévoir « trois semaines à l’avance en moyenne », d’ici à 2025, contre deux semaines, deux semaines et demie actuellement.
Quant aux grands événements à l’échelle de la planète, comme les épisodes El Niño (une intensification d’un courant équatorial chaud du Pacifique, qui revient tous les 5 ans environ), aux forts impacts météorologiques, les météorologues aimeraient les prévoir un an à l’avance.
Actuellement, « une fois par mois, on fait tourner des prévisions jusqu’à sept mois d’échéance », précise Mme Rabier.
Pour améliorer la qualité des prévisions, « on a beaucoup plus de sources d’observations qu’il y a 40 ans, ce qui a permis de beaucoup améliorer la précision », relève Mme Rabier.
Le CEPMMT « utilise plus de 40 millions d’observations satellitaires par jour », provenant de satellites chinois, japonais, américains, européens, etc, rappelle-t-elle.
L’amélioration de la qualité des prévisions suppose « non seulement d’utiliser un modèle amélioré de l’atmosphère, mais également de mettre davantage l’accent sur (…) l’océan, l’état de la mer, les glaces de mer, les terres émergées, les aérosols (particules en suspension dans l’atmosphère, ndlr) et toutes leurs interactions », souligne la feuille de route du CEPMMT.
De nouvelles générations de satellites et de radars devraient aussi permettre d’améliorer la précision des prévisions.
