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Mohamed Mouftakir: « L’Etoile d’or ne sera jamais marocaine?! »

Que signifie un festival international de cinéma dans un pays où il y a de moins en moins de salles de cinéma ; pas plus de douze salles pour être plus concret et qui sont dans un état lamentable ? Que signifie un festival international de cinéma dans un pays où on produit de moins en moins de films, on dépasse difficilement les quinze films par an ? Que signifie un festival international de cinéma dans un pays où ses cinéastes, ses acteurs, ses critiques, ses journalistes et ses organisateurs ne sont pas mis en avant, ne sont pas valorisés et sont relégués au second plan, tels des figurants ou des comparses d’un péplum et dont la plupart chôme ou émigre pour ne jamais revenir ? Que signifie un festival international de cinéma où le débat cinématographique est pratiquement quasi absent, où les conférences de presse n’existent pas, en dehors de ce qui « se perroque » dans les cafés, dans les couloirs des hôtels ou dans ceux menant aux salles de cinéma et qui relève plus du domaine de la médisance, de l’abatage impitoyable que de la bonne critique et de l’analyse !? s’interroge le réalisateur Mohamed Mouftakir.

Dans une longue publication sur sa page facebook, le réalisateur de « L’orchestre des aveugles », souligne que « le festival international du film de Marrakech, ce beau corps sans âme, cet arbre qui a commencé si florissant est devenu un concept qui s’essouffle, chaque année un peu plus ».

« Il perd son aura et sa brillance, car il n’a pas cette âme qui le nourrit et qui le fructifie en lui donnant sa raison d’être et qui n’est autre que la présence du cinéma marocain, avec toutes ses composantes ! », déplore-t-il.

Chaque festival est d’abord et avant tout un acte politico-culturel, Marrakech n’en fait pas l’exception, mais comment un festival qui se respecte s’impose-t-il au-delà du politique ? Il s’impose d’abord par son histoire cinématographique, par la valeur de ses cinéastes et de ses acteurs, par la qualité des films qu’il sélectionne, par les écrits de ses critiques, par l’aura et la présence de ses journalistes et par la compétence de ses organisateurs. Où on en est-on par rapport à tout cela ?, se demande  le réalisateur, pour qui « un festival ne pousse pas d’en haut, mais d’en bas et ne commence jamais grand mais il le devient ».

« Pour que ce festival que nous voulions grand trouve sa raison d’être qui le rendra incontournable dans le développement de la culture et du pays, Le cinéma marocain ne doit pas être présent uniquement par ses films en compétition ou hors compétition, car ce n’est pas cela qui est le plus important, contrairement à ce que croient beaucoup d’entre nous, il doit l’être aussi pas son industrie, par ses critiques, son public et ses organisateurs qu’on doit glorifier et mettre en avant, et qu’on arrête de dire et de croire que les nôtres sont incapables d’organiser et de gérer un événement de cette ampleur », martèle Mouftakir.

« Les critiques marocains ont aussi le droit d’animer des débats et des masters classe. Les journalistes doivent être libres de dire ce qu’ils pensent et orienter le public et contribuer ainsi à enrichir sa culture cinématographique. Les cinéastes et les acteurs marocains doivent être invités eux aussi, et pourquoi pas, à faire des masters classe et de parler de leurs expériences », affirme-t-il.

« Où on en est le festival international du film de Marrakech dans tout cela ? Apporte-t-il quelque chose au cinéma, à la culture et à l’art marocain ? Que se passe-t-il chaque fois qu’une édition prend fin ? Quelle est sa valeur ajoutée ? On n’en sait rien », dixit le réalisateur.

« On s’auto-flagelle et on se culpabilise et on revient bredouille, nos cinéaste sur la croix, sources de nos malheurs, de nos échecs et de nos maux et cause de tous les problèmes, alors que la vraie source du mal est ailleurs, voire nous-mêmes et comment on se regarde et quelle image on donne de soi. Cette image qui nous éloigne, chaque jour un peu plus de cette Etoile d’or qui ne brille pas et qui ne sera jamais marocaine, car elle nous éclaire de si loin, du pays de l’hexagone et non d’ci, des sommets de l’Atlas ! », conclut-il.

Réagissant à cette publication, nombre de personnalités du monde du cinéma tiennent cependant un avis nuancé sur la marginalisation du film marocain et sur le festival en général.

Ainsi, Ody Roos affirme que l’homme en charge de la sélection des films étrangers, Bruno Barde, lui a confié : « Je refuse de sélectionner les films marocains. C’est le privilège de Rabat ! ». En d’autres termes, la « marginalisation » des films marocains est une affaire maroco-marocaine.

Le comédien et metteur en scène, Wahid Chakib, voit, lui, que « les comédiens et réalisateurs sont complices de cette mascarade, eux qui sont toujours « présents au garde à vous sans invitation ».

Amal Ayouch, estime, quant à elle, que « ce festival a été conçu uniquement pour promouvoir le tourisme et la ville de Marrakech ». Sa la 1ère édition a eu lieu en 2001, juste après les attentats du 11 septembre!, fait-elle remarquer.

L’actrice Naïma Ilyass partage l’avis du réalisateur et voit dans l’absence des films marocains de la sélection officielle du FIFM une consécration du «complexe de l’étranger ».

La scénariste et réalisatrice Narjiss Nejjar dit « oui »  à toutes les manifestations culturelles quelles qu’elles soient car c est le dernier bastion contre les obscurantismes de tout genre et invite, en revanche, à tenir une réflexion quant à la voie qu’emprunte le cinéma Marocain.

Najib Benkirane, pense, lui, que l’attribution de l’organisation du FIFM à des sociétés françaises n’est pas le problème et qu’il faut se pencher sérieusement sur la qualité de notre production cinématographique nationale.

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