Saoudi El Amalki
Son souvenir emballant délecte à jamais la mémoire de la communauté du Souss pour un passage des plus impétueux à la tête de la mairie, pendant deux mandats d’affilée.
De bout en bout, il marquait de sa présence tumultueuse mais entreprenante, un trajet de gestion qui rompt avec l’ère opprimante un de l’Autorité où les effets de la résignation éclaboussaient le rôle et la personnalité de la commune.
Durant des années, il menait un affront sans merci contre la dépravation des décideurs dans les instances de l’Etat et la voracité des bonnets de l’immobilier public et privé.
En effet, Tarik Kabbage, puisque c’est de lui qu’il est question, faisait face à toutes les insanités qui gangrenaient aussi bien dans l’entourage de ses proches que les divers compartiments de la ville.
En justicier implacable, il répandait les valeurs intègres qu’il s’était forgées durant sa vie de patriote, héritées du regretté père Abbés Kabbage, figure de proue du mouvement national. Il serait honnête d’avouer, sans se faire désavouer, hormis les récalcitrants et les renégats, que grâce à l’opposition ardente de Tarik, la cité a pu préserver des lopins de terre à l’affût desquels des barons du foncier rôdaient au grand jour.
Aujourd’hui, poursuivant ce bel ouvrage de verdissement des espaces sur le territoire communal, la ville dispose de ces terrains qui avaient failli être ingurgités par les prédateurs immobiliers en vue de servir, à présent de refuges récréatifs aux jeunes et ludiques aux enfants, un peu partout.
En négociateur juste et loyal pour la bonne cause, farouche et hargneux à l’encontre de la mauvaise foi, Tarik faisait honneur aux vertus de la Gauche, la vraie, celle qui se désintéresse du profit et se rend utile pour l’intérêt général, sans pour autant verser dans l’ostracisme bas ni l’arrogance démesurée. Quand il avait détenu les commandes de la commune territoriale, il s’était attelé en toute humilité, à sillonner les quartiers et les rues, conviait les résidents à manifester leurs avis sur tel ou tel projet, tenait tête à toutes les convoitises … Il avait, sans doute avec d’autres conseillers probes, fait valoir les fondements de ce que devrait s’asseoir une collectivité en matière de la préservation des contribuables et de la gouvernance aux affaires publiques.
On a beau tenté l’assaillir, l’assagir ou encore le museler en vain car il a la peau de crocodile, le ventre sans pâte, l’esprit de visionnaire et la résilience de titan. Serein et jovial, Tarik gardait souvent le sens de l’humour dont la teneur égayait l’ambiance, quoique parfois ses « gags » improvisés tendent à offusquer au lieu de distraire certains de ses vis-à-vis.
Mais, à coup sûr, une fois dans les contextes sérieux, il s’y mettait avec éveil et fermeté. Son franc-parler fort rigoureux et sa vista cartésienne peuvent toujours lui causer des incompréhensions, au point de générer des hostilités gratuites.
Toutefois, il jouissait de grande empathie et de profond agrément au sein des franges populaires, justement à travers l’attitude chevaleresque et la fibre humaniste qu’il ne cesse de fluidifier et glorifier parmi le large public des masses populaires, ce qui incarne parfaitement l’appellation de son parti et ce qui lui a valu une reconduction haut la main.
Incontestablement, Tarik fut venu de la trempe des foules et eut su où il devait les y conduire malgré les entraves du parcours, dressées par la résistance ardue de la Réaction. Antonio Gramsci, l’illustre théoricien marxiste disait un jour : « Celui qui ne sait pas d’où il vient, ne peut savoir où il va ! ».
Tarek aura scellé par cette citation du grand intellectuel organique italien, son empreinte indélébile de ce qui cimente les rapports de confiance entre un leader avisé et un peuple désemparé. Hommage à toi Ô militant philanthrope ! En guise d’estime et de considération à cet immense monument de la chevalerie humaniste, on lui offrira une gerbe de muguet et de jasmin, tout en lui dédiant cet extrait du poème de Léo Ferré, le célèbre chanteur-compositeur français :
Avec le temps va tout s’en va
On oublie le visage et l’on oublie la voix
Le cœur quand ça bat plus
C’est pas la peine d’aller chercher plus loin
Faut laisser faire et c’est très bien