Les propos tenus par le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon lors de sa visite dans les camps de Tindouf, puis à Alger, sèment la stupéfaction par leur alignement troublant sur les thèses séparatistes.
M. Ban s’est non seulement départi de l’engagement neutre qui doit sous-tendre ses actions pour un règlement politique du différend sur le Sahara marocain, mais il a complètement ignoré les appels lancés avec insistance par le Conseil de sécurité pour un recensement des populations des camps de Tindouf.
Pis encore, tout porte à croire que le chef de l’ONU s’est laissé instrumentaliser pour donner crédit à la propagande algéro-polisarienne, alors qu’il n’a à aucun moment osé évoquer l’affaire des jeunes femmes retenues contre leur gré en plein désert.
Il a mis de côté le drame humanitaire vécu par des milliers de familles pour se ranger, sans vergogne, aux côtés de ceux-là mêmes qui sont responsables du détournement massif de l’aide humanitaire et du refus systématique de recenser les populations qui en bénéficient.
« L’absence d’un tel recensement porte gravement préjudice aux sahraouis » qui vivent à la merci d’un mouvement armé, hébergé et financé par le régime algérien, a confié à la MAP l’universitaire et avocat bruxellois Stéphane Rodriguez.
L’on s’interroge donc comment M. Ban peut-il appeler à une conférence des donateurs en faveur des familles séquestrées à Tindouf tout en omettant d’exiger le recensement souhaité de longue date par les Nations unies elles-mêmes, conformément au droit international.
Ce recensement est d’autant plus urgent que le rapport de l’Office européen de lutte anti-fraude (OLAF) a clairement pointé du doigt les gains engrangés par les organisateurs des détournements grâce au troc, dont ceux qui s’y adonnent sont obligés de remettre un pourcentage de leur business aux responsables du Polisario.
De passage à Genève où se réunit le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, maitre Rodriguez affirme que les enquêteurs de l’OLAF avaient insisté auprès des instances onusiennes et européennes sur l’impératif de déterminer avec précision le nombre de personnes ayant réellement besoin de l’aide.
C’est justement la raison pour laquelle la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini et le Parlement européen viennent d’appeler à une réévaluation de l’aide de l’UE et son adaptation aux besoins réels des camps de Tindouf, une demande qui passe sans doute par un recensement des populations.
Face à ce constat, il est légitime de se demander pourquoi M. Ban tient tant au statu quo en faisant la sourde oreille aux aspirations des habitants des campements, désœuvrés et outrés par l’absence des perspectives d’un retour à la Mère-patrie parmi les leurs.
Et si la majorité des sahraouis n’ont rien attendu de la récente tournée du secrétaire général, les familles adoptives ou biologiques de 150 femmes séquestrées sur ordre des dirigeants séparatistes ont eu recours à l’ONG Human Right Watch pour demander à Ban Ki-moon leur libération et surtout l’exercice de leur droit à la libre-circulation.
Parmi ces jeunes femmes, les noms de Maâlouma, Darya, Najiba et Koria sont le plus souvent cités en dehors de la prison à ciel ouvert que sont les campements, puisqu’elles sont adoptées par des familles espagnoles.
La directrice de HRW pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Sarah Leath Whitson, a demandé que les cas de séquestration soient traités en tant que « délits », en affirmant que « le polisario doit assurer à ces femmes la liberté de circulation et de mouvement ».
Durant son périple dans la région, le secrétaire général de l’ONU a soigneusement évité d’évoquer le plan d’autonomie mis sur la table par le Maroc, alors que cette proposition concrète a été qualifiée par le Conseil de sécurité d’offre « sérieuse et crédible », pouvant servir de base pour un règlement définitif de la question du Sahara.
Une telle attitude ne fait qu’entacher la mission de l’organisation en tant que médiateur neutre et objectif afin de faire progresser le processus de règlement d’un conflit dont les ficelles sont tirées par l’Algérie et où le Polisario ne sert que de paravent.
Par Abdallah Chahboune