Dans un entretien , l’écrivain et universitaire, Abderrazak Benchaâbane, revient sur les répercussions de la pandémie sur le secteur culturel à Marrakech, la consommation culturelle pendant le confinement et la reprise des activités culturelles après le déconfinement.
Quelles sont les principales répercussions de la pandémie du nouveau Coronavirus sur le secteur culturel à Marrakech ?
La pandémie du coronavirus a donné un coup d’arrêt à l’ensemble de l’industrie culturelle au Maroc. Comme vous savez, l’activité culturelle au Royaume, comme partout ailleurs, est intrinsèquement liée au présentiel du public. Sans public, il est difficile de donner une pièce de théâtre, d’organiser une conférence ou de donner un récital.
En fait, c’est l’échange entre public et artistes qui donne un charme et une singularité à un événement culturel. Le virtuel ne remplacera jamais le plaisir éprouvé lors d’un Live.
Ainsi, toute l’industrie culturelle s’est retrouvée en arrêt, les projets culturels ajournés voire même annulés. Il faudra beaucoup du temps, même après le déconfinement, pour pouvoir parler d’une vraie reprise culturelle.
Qu’en est-il des pratiques culturelles et de la consommation de la culture pendant le confinement ?
Pendant le confinement, beaucoup de personnes, dans l’impossibilité de quitter leurs domiciles, ont retrouvé goût à la lecture et le visionnage de films ou encore l’écoute de la musique.
Les réseaux sociaux et les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ont facilité ce retour et ont rendu la lecture accessible voire même, gratuite dans certains cas.
J’estime que c’était une très bonne chose. Mais cela ne remplace pas le Live. Car si certains aiment regarder tranquillement un film le soir devant leur écran ou lire un livre devant leur cheminée, d’autres ne se cultivent qu’en sortant et en allant à des concerts ou des expositions et des spectacles de théâtre.
Cela dit, si certains ont trouvé leur satisfaction en matière de culture pendant ce confinement, d’autres, privés de sorties, se sont certainement retrouvés dans l’impossibilité d’accéder à leurs loisirs.
Comment voyez-vous la relance du secteur culturel après le déconfinement ?
L’histoire nous a appris que le retour à la normale en matière d’industrie culturelle après une crise sanitaire ou autre, ne peut se faire sans une sorte de « plan Marshall pour la culture ».
Ce plan de relance culturelle exigerait l’engagement de l’Etat, des acteurs culturels, des collectivités locales et de tous les partenaires, sous une forme ou une autre, dans les événements culturels.
Je suis convaincu que la reprise sera difficile car les pertes économiques sont et seront immenses et que l’on a l’habitude de considérer encore malheureusement la culture comme n’étant pas une priorité ni une nécessité, partant d’une considération qu’il y’a d’autres secteurs plus stratégiques nécessitant un intérêt grandissant et une intervention urgente comme celui de la santé, l’éducation ou l’emploi.
Espérons que ce coronavirus réussira à éveiller les consciences, à aider à changer de paradigmes et à se réinventer et pousser les décideurs à considérer la culture avec autant d’urgence que les autres leviers de développement de notre pays.
Il est temps que la culture se fait une place de choix et ne plus être considérée comme le « parent pauvre » et qu’elle soit désormais au cœur, voire la colonne vertébrale de tout projet de développement.
La crise induite par le coronavirus n’a fait que porter un éclairage nouveau sur la place de la culture dans la cohésion de toute société. Elle ne peut nous enrichir, mais elle peut nous sauver et sauvegarder notre vivre ensemble.